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« 1Q84 - Livre 3, octobre-décembre »

MURAKAMI Haruki
« 1Q84 - Livre 3, octobre-décembre » de MURAKAMI Haruki

« 1Q84 – Livre 3, octobre-décembre » de MURAKAMI Haruki

Mon avis : ★★★★★★★★★☆ 

Le troisième tome de la trilogie 1Q84 est ce que l’on pourrait appeler le livre du repli sur soi-même pour les trois personnages principaux.

Aomamé se voit disparaître temporairement dans un appartement de Tokyo savamment choisi par Tamaru afin que les membres de la secte « Les Précurseurs » ne puissent pas lui mettre la main dessus avant son départ définitif pour une région éloignée qu’elle-même ne connait pas. Durant cet isolement forcé, Aomamé entamera un réel travail de prise de conscience de ce qu’elle est devenue durant son séjour en 1Q84, période qu’elle n’arrivera jamais à comprendre totalement et qu’elle aimerait quitter d’une façon ou d’une autre. Mais le souvenir qu’elle garde de Tengo lorsqu’ils se sont rencontrés alors qu’ils n’avaient que dix ans, est trop tenace, et de ce fait, elle aspire à le revoir même si ce n’est que pour un court instant.

KAWANA Tengo, lui, quitte temporairement Tokyo et son travail d’enseignant pour se rendre au chevet de son père qui se trouve plongé dans le coma à l’hôpital de Chikura, région située au fin fond de la préfecture de Chiba. Il y passe le plus clair de son temps à parler à son père ou à lui lire des livres. Il y fera également connaissance avec les trois infirmières qui s’occupent à tour de rôle de son père. Cette situation pénible le replongera dans son passé, dans les années de sa jeunesse pas toujours heureuse avec un père passionné par son métier, mais également tyrannique.   Ce séjour au chevet de son père lui fera prendre conscience que, même si ce n’était pas tous les jours évident, il lui reste de superbes souvenirs, comme cette poignée de mains qu’il donna à une petite fille de son école prénommée Aomamé.

Quant à Ushikawa, après avoir reçu une demande expresse de la part des « Précurseurs » de retrouver Aomamé, et pensant qu’il existe une relation probable entre Tengo et Aomamé, décide de louer un petit appartement proche de celui de Tengo et de photographier les allées et venues de tous les habitants. C’est dans cette solitude que le personnage, sûr de lui, commencera tout doucement à se remettre en question et à perdre de la verve et de la contenance que le lecteur avait pu constater dans les deux premiers volumes. Le petit bonhomme difforme commencera à perdre peu à peu son équilibre, sans doute factice, lorsqu’il sera mis face à face à certaines situations étranges et psychologiquement dérangeantes. Mais sa confiance personnelle lui cachera l’évidence qu’il ne joue plus dans un monde évident, mais bien dans un monde à double dimension.

Dans ce dernier volume, on assiste à une lente réhumanisation des protagonistes qui, sans le savoir, commencent à se détacher de l’année 1Q84 pour rejoindre l’année 1984. Aomamé ne veut plus entendre parler de son passé criminel, Tengo revient vers son père et se replonge dans ses souvenirs de petit garçon, la vieille dame s’efface lentement du récit, quant à Tamaru, le gentleman, il commence à douter et se conforme aux desiderata de plus en plus humanistes et dangereux de la nouvelle Aomamé. MURAKAMI se concentre durant tout ce troisième volume sur ce qu’il y a de plus humain chez l’homme, à savoir l’amour, l’espoir, la mort et la reproduction inévitable qui fait que l’être humain est condamné à vivre.

MURAKAMI Haruki nous offre ce qui est sans doute une des plus belles caractéristiques de son œuvre, à savoir l’analyse psychologique pointue des personnages qu’il met en scène en les confinant dans un univers restreint propice à l’introspection. Chaque protagoniste profite, malgré eux, d’une situation imposée pour faire le bilan de leur propre vie. De ce qu’ils ont vécu et de ce qu’ils désirent pour leur avenir. MURAKAMI semble ne jamais s’intéresser aux contours, au visible, au tangible ; et où se trouve le concret dans son œuvre ? Tout est toujours à la frontière du réel et de l’irréel, de 1Q84 à 1984, de la vie réelle et de la chrysalide de l’air inventée (ou pas) par Fukaéri, une jeune adolescente à la limite de l’autisme.

Le réel de MURAKAMI se trouve dans le détail, comme s’il voulait contrecarrer son obsession du flou, du rêve, de l’onirisme. Le détail de la Sinfonietta de Leoš Janáček, par exemple, ou encore le profil ambigu du tigre de la station-service Esso et le coup de tonnerre ressenti lors d’un orage durant lequel l’acte sexuel outrepasse la conception classique et scientifique… Bref, la réalité est dans le détail, alors que l’intangible se faufile au travers de l’âme des différents personnages. Et l’on sait que MURAKAMI Haruki manie les deux avec une simplicité tout aussi déconcertante qu’envoûtante.

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[Total : 4    Moyenne : 9/5]

3 Réponses

  1. Kuroneko

    Bonjour,
    Excellente définition pour ce troisième livre. Murakami a vraiment déployé tout son talent dans « 1Q84 ». Dans cette dernière partie, on assiste véritablement à une plongée dans l’âme de ses protagonistes. C’est le temps de l’apaisement et des prises de conscience pour Tengo et Aomame. Comme s’ils s’étaient eux-mêmes transformés en une sorte de chrysalide depuis de nombreuses années. Et pour arriver à la métamorphose ultime, il leur fallait l’isolement (complète pour Aomame et relative pour Tengo du fait de la présence des trois infirmières).

    Encore un grand merci pour la qualité de vos articles. C’est toujours un plaisir de les lire et de découvrir ainsi d’autres merveilles de la littérature japonaise.
    Bonne continuation!

  2. Merci à vous pour votre gentillesse.

    Maintenant, je m’en vais consulter l’avis des autres sur cette trilogie très réussie, même si ça ne changera en rien ma perception du livre.

    Très content si vous avez pu découvrir quelques livres grâce à ce blog.

    Bonnes lectures…

  3. Bonsoir,
    Oui, merci pour cette excellente description du tome 3 de 1Q84. J’ai beaucoup aimé cette trilogie, mais vue la complexité des concepts abordés par Murakami, je n’ai pas encore osé m’aventurer dans l’écriture d’un tel article. Bientôt, peut-être !

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