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« Après le tremblement de terre »

MURAKAMI Haruki
« Après le tremblement de terre » de MURAKAMI Haruki

« Après le tremblement de terre » de MURAKAMI Haruki

Mon avis : ★★★★★★★★☆☆ 

Dans ce recueil de nouvelles paru au Japon entre 1999 et 2000, on retrouve en toile de fond le terrible tremblement de terre qui eut lieu à Kobe le 17 janvier 1995 et qui fit 6 437 morts.

Dans « Après le tremblement de terre », MURAKAMI nous décrit dans un style épuré et onirique, une multitude de personnages de tous âges, de toutes conditions sociales, menant une vie paisible soudainement bouleversée par cette terrible catastrophe.

Dans la première nouvelle « Un ovni a atterri à Kushiro », la femme d’un certain Komura disparaît sans crier gare après avoir passé de très longues journées devant son poste de télévision montrant les images du tremblement de terre et ses conséquences. Désorienté, Komura décide de se rendre, à la demande d’un de ses amis, en Hokkaidō afin d’y livrer un colis mystérieux.

Dans « Paysage avec fer », trois jeunes gens : Junko, Miyake et Keisuke, une fille et deux garçons, se donnent rendez-vous sur une plage pour y préparer un feu de camp. Commence entre eux une discussion qui les mènera plus loin qu’ils ne pouvaient l’imaginer.

Dans la nouvelle « Tous les enfants de Dieu savent danser », Yoshiya apprend à l’âge de 17 ans que son père n’est pas mort comme on a bien voulu le lui faire croire. La seule description que l’on veut bien lui donner de son père est qu’il lui manque un lobe d’oreille. Un beau jour, alors qu’il se promène en ville, il rencontre un homme à qui manque le lobe de l’oreille droite.

La nouvelle la plus réussie est sans aucun doute « Crapaudin sauve Tokyo », une nouvelle qui nous conte l’histoire de Katagiri, petit fonctionnaire qui, à la fin d’une longue journée de travail, se retrouve face à une grenouille géante. Celle-ci, dénommée Crapaudin, lui demande son aide afin de sauver Tokyo de la destruction totale. En effet, un séisme gigantesque est prévu pour bientôt, et il est le seul à pouvoir l’éradiquer, mais il a besoin d’un petit coup de main. Le style à la fois pédant, enjoué et tyrannique de cette grenouille géante dotée de la parole est du très grand MURAKAMI. Dans son style onirique, il nous narre cette histoire fantastique du ton le plus naturel possible. La sagesse de Crapaudin est à la hauteur de la médiocrité de ce petit fonctionnaire qui nous rappelle que la nature a beaucoup à nous apprendre.

Le séisme de Kobe est l’une des raisons qui ont rappelé MURAKAMI dans son pays natal alors qu’il vivait à cette époque aux États-Unis. Sans doute par respect aux nombreuses victimes compatriotes de l’auteur, il décide de ne pas décrire la catastrophe que lui-même n’a connue qu’au travers des médias, et il est en effet beaucoup question dans ce recueil d’émissions télévisées et radiophoniques, de rumeurs et d’impuissance. Impuissance terrible que MURAKAMI a ressentie fortement d’où il était. Mais la société japonaise étant extrêmement soudée, la seule solution pour lui a été le retour dans son pays d’origine et l’écriture de ces quelques nouvelles très pudiques et sans aucun doute les plus émouvantes que l’écrivain n’ait jamais écrites.

« Après le tremblement de terre » n’est pas seulement un recueil de six nouvelles reliées les unes aux autres par le biais du tremblement de terre de Kobe. Dans ce recueil, MURAKAMI tente surtout de montrer au lecteur comment la mort peut changer la personnalité des protagonistes, même s’ils n’ont pas été confrontés directement à elle.

À la lecture du livre, le lecteur ne peut s’empêcher d’essayer de trouver des liens entre les histoires qui semblent se dérouler synchroniquement. À première vue il n’y en a pas ; les histoires ont des traits communs, des images communes, des thèmes communs, mais le seul lien qui les unit est un sentiment évident de perte. Une perte matérielle et humaine, mais également une perte de sens. Le livre est mélancolique dans son ensemble, mais l’auteur laisse planer une touche d’optimisme, l’être humain est capable de se sortir de situations apparemment inextricables. Les personnages du livre sont seuls, mais finissent toujours par rencontrer quelqu’un qui les aide d’une manière ou d’un autre à se reconstruire et à reconstruire.

Ajoutons qu’une nouvelle comme « Crapaudin » est un tour de force de la part de MURAKAMI. Insérer dans ces textes très réels à défaut d’être réalistes une nouvelle surréaliste et comique est de la très haute voltige et aurait pu ne pas être très bien acceptée.

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5 Réponses

  1. Corinne Atlan

    ET LES TRADUCTEURS ?!!!
    C’est grâce à eux que vous pouvez lire aujourd’hui toutes les œuvres que vous citez. Ils sont pourtant les grands absents de votre site.

  2. Bonjour Mme Atlan.

    Les traducteurs sont complètement absents de mon site, j’en conviens.
    Ça fait un bout de temps que je veux leur rendre hommage et leur témoigner ma plus grande admiration. Je me suis vite rendu compte que trouver des renseignements sur eux n’était pas aussi facile que je ne le pensais et je suis toujours à la recherche de renseignements. Je compte donc ajouter une rubrique entièrement consacrée aux traducteurs et à leurs travaux, ce n’est pas une question de temps, mais de moyens.

    L’autre problème est de juger une traduction, je ne lis absolument pas le japonais et il m’est donc impossible de dire si une traduction est correcte ou pas. Je lis très souvent que MURAKAMI Haruki est un piètre auteur et que c’est grâce à ses traducteurs (dont vous) que les livres ont une quelconque valeur littéraire ; joli compliment à votre égard, mais comment savoir si cela est exact ? Autre problème, si un livre est « mal » écrit, comment savoir si cela vient de la traduction ou de l’écrivain lui-même. Bref, tout cela pour dire que ce n’est pas évident pour moi et que vu toutes ces interrogations, je reporte indéfiniment et maladroitement ce projet.

    J’en profite pour vous exprimer toute mon admiration pour vos travaux. Lorsque je vois qu’un tel ouvrage a été traduit par vous ou Rose-Marie Makino-Fayolle, je sais que le travail de traduction n’aura pas été fait à la légère.

    Je vais donc remettre mon projet sur le feu, avec mes faibles moyens, mais toute ma volonté de rendre hommage aux traducteurs, les grands oubliés de la littérature.

    Avec tout mon respect,

    Pierre

  3. bernard Valerie

    je suis une lectrice fidèle de murakami que j’admire beaucoup même si ses oeuvres sont très inégales j’apprécie l’atmosphère de tous ses romans. Comment pouvez vous dire que c’est un « piètre auteur » dans la mesure où il est également beaucoup lu au japon. 1Q84 fut un succès littéraire dans son pays d’origine. De plus, certains pensaient à lui pour le prix nobel de littérature… Alors « un piètre auteur » pourrait il accéder à ce titre?

    1. Bonjour,

      Pourriez-vous relire ma réponse à Corinne Atlan ? A aucun moment je ne dis de Murakami qu’il est un piètre auteur. De plus, si vous lisez mes avis sur les œuvres de Murakami, vous verriez que je n’en pense que du bien. Je pense qu’il doit s’agir d’un malentendu.

      Bien à vous,

      Pierre

  4. Cabuya

    Un tremblement de terre qui va secouer les « endormis ».

    Ces 6 nouvelles se lisent avec plaisir, tellement les personnages sont attachants.
    Un OVNI a atterri à Kushiro
    Paysage avec fer
    Tous les enfants de Dieu savent danser
    Thaïlande
    Crapaudin sauve Tôkyô
    Galette au miel

    Cependant tous cachent au fond d’eux-mêmes une blessure, une angoisse. Ils se sentent vide et sans contenu.

    Page 96 : « Et nous, …, nous dans quel but vivons nous ? »

    L’auteur fait référence à certains écrivains étrangers pour illustrer le mal-être ambiant de ses personnages :

    Page 32 : Un voyageur solitaire essaie d’allumer un feu dans la neige au fin fond de l’Alaska. Il est condamné à mort s’il n’y arrive pas. (Jack London)

    Page 119 : Nous avons tous des existences limitées, et nous finissons toujours par être vaincus. Mais comme l’a découvert Ernest Hemingway, ce qui décide de la valeur ultime de nos vies, ce n’est pas la façon dont nous remportons la victoire, mais la façon dont nous sommes vaincus.

    Page 120 : Fédor Dostoïevski a décrit avec une insurpassable tendresse des êtres abandonnés de Dieu. Il a découvert la valeur de l’existence humaine, dans ce paradoxe cruel qui veut que les hommes qui ont inventé Dieu soient abandonnés par Lui.

    C’est ce tremblement de terre lointain (à Kobe en 1995) qui va secouer mentalement les personnages et leur redonner la force qu’ils n’avaient plus.

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