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« Cristallisation secrète »

OGAWA Yoko
« Cristallisation secrète » de OGAWA Yoko

« Cristallisation secrète » de OGAWA Yoko

Mon avis : ★★★★★★★★☆☆ 

 C’est sur une île japonaise qu’apparaît un étrange phénomène jamais rencontré nulle part : les objets, sans crier gare, disparaissent du jour au lendemain. Les habitants n’en sont nullement effrayés, ils sont même tout à fait résignés. Cela semble leur importer peu puisque de toute façon, ils savent très bien que ces objets ne le manqueront jamais, ils les oublient immédiatement.

Mais parmi ces habitants, certains sont différents. Ils ont, eux, la capacité de se souvenir. Et ça n’arrange absolument pas les autorités en place qui ont même du inventer une brigade spéciale pour traquer ces gens qui risquent, un jour ou l’autre, de se rebeller. Et il n’est pas rare de constater de temps en temps la disparition inexpliquée de certaines personnes qui ont eu un jour la visite de cette fameuse brigade.

La narratrice, elle, est une romancière. Elle n’a pas cette capacité de se souvenir. Mais son éditeur, lui, est une de ces rares personnes qui se souviennent, et qui voient d’un très mauvais œil ces disparitions se multiplier de façon exponentielle. L’écrivaine s’en rend compte et lui propose de le cacher chez elle, comme font la plupart des « gens du souvenir ». Il accepte, se cache chez elle, et c’est à ce moment qu’ils commenceront à oublier leur relation professionnelle et à se connaître plus intimement.

Il faut savoir que ce roman est paru au Japon en 1994, donc bien avant « Le musée du silence » qui, lui, est paru en 2000. On retrouve dans « Cristallisation secrète » non seulement l’univers feutré de l’écrivaine, mais aussi cette importance qu’elle accorde aux objets et aux « choses », son attachement aux souvenirs et cette crainte maladive de voir la mémoire être mise à mal (thème également à la base du superbe « La Formule préférée du Professeur »).

Dans « Cristallisation secrète », on retrouve également un objet très cher à OGAWA, la machine à écrire (qui est l’âme même d’une de ses nouvelles « Le bureau de dactylographie japonaise Butterfly » parue dans le recueil « La mer » (2006). Cette machine à écrire est surtout présente dans le roman que la narratrice de « Cristallisation secrète » est en train d’écrire, l’histoire d’une jeune étudiante en dactylographie qui se fait séquestrer par son professeur. Ici également, on retrouve la mise en abîme très appréciée par OGAWA et utilisée dans plusieurs de ses récits.

Enfin, le cœur de ce roman se situe dans une petite pièce dans laquelle est « enfermé » l’éditeur qui tente d’échapper aux traqueurs de souvenirs . Petite pièce qui représente l’isolement bénéfique dont a besoin tout être humain, ce qui est également le thème principale du court roman « La Petite pièce hexagonale » paru en 1991.

« Cristallisation secrète » est bien évidemment une allégorie du totalitarisme qui ne cesse de se mordre la queue, qui finit toujours par disparaître en voulant faire disparaître, qui se voit condamné au silence en voulant faire taire les autres. Dans tout totalitarisme, il y aura toujours le « petit » grain de sable qui empêchera la roue de tourner et d’arriver à son but. Ce grain de sable représenté ici par le souvenir, ou plutôt par ceux qui se souviennent, ceux qui sont capables de faire revivre ceux qui ont baissé les bras.

L’œuvre d’OGAWA est une œuvre en spirale, les thèmes et les idées qu’elle utilise ne cessent de tourner, de monter et de descendre. Un élément n’apparaît plus dans un de ses récits, c’est qu’il est déjà paru ou reprendra sa place dans un prochain. Tous ces thèmes ne cessent de se rencontrer pour ensuite se séparer ; ils ne cessent de tournoyer dans cet univers qui, de plus en plus, fait du travail d’OGAWA une œuvre unique, complexe, personnelle et remarquable. Un œuvre intemporelle qui ne s’inscrit jamais dans une époque donnée, mais qui brasse tout ce qui est immuable.

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3 Réponses

  1. Bonjour !

    J’ai lu ton billet avec attention, et malgré mon ignorance du roman, voire de littérature japonaise en général, quelque chose m’a fait tiquer. C’est lorsque tu parles du grain de sable dans un régime totalitaire. Comme je viens de lire un bouquin qui montre comment les nazis ont influé pernicieusement sur la langue, et qu’il est montré que même l’invasion des alliés n’a pas mis fin à la croyance en Hitler (tu peux d’ailleurs avoir plus de renseignements ici : http://foudre-olympienne.over-blog.com/article-lti-la-langue-du-iiie-reich-57600661.html .

    Ca c’était ma réaction à chaud sur ton article 😉
    Pour recoller au sujet, ça fait un bon moment que je suis tenté par la littérature japonaise (arts martiaux depuis tout petit), et bien entendu je n’ai pas envie de commencer du mauvais pied. C’est pour ça que je me permets de te demander conseil, savoir si tu peux m’orienter sur un ou deux titres selon les critères que je m’empresse de te fournir :

    Je recherche si possible une histoire intéressante, où il se « passe quelque chose ». Par là, je veux dire que tout ce qui est plongée en profondeur dans les pensées intimes d’un protagoniste n’est pas ma tasse de thé, ce qui n’exclue pas une psychologie élaborée des personnages.

    Quant à la période, je suis plus attiré par le Japon médiéval, autour de l’ère d’Edo, sans pour autant être une histoire de samurais. Dans l’idéal, j’aimerais débuter avec un roman qui se déroule avant l’ère d’Edo, puis embrayer avec une évolution dans le temps, de manière à observer les changements de moeurs (l’idéal pour moi serait de trouver – après d’autres romans – un livre qui traite précisément de ce passage à l’ère industrielle).

    Et en dernier recours, j’aime bien lorsque le style est travaillé, mais du moment que c’est simplement « bien écrit » je n’ai pas de problème.

    Pour finir, un compliment qui pourra paraitre facile mais que je tiens à te faire. Je trouve tes critiques et ton blog très intéressants. En effet, j’ai parfois été un visiteur muet qui se décide enfin à te demander conseil.

    Je te remercie d’avance pour le temps pris à me lire, et éventuellement consacré à me trouver un ouvrage « sur-mesure ».

    1. Bonjour,

      Pas évident pour moi de t’aider, je ne me suis pas encore vraiment intéressé à l’époque féodale du Japon, j’y viendrai un jour car on ne peut pas passer à côté de ça.

      Ceci dit, je te propose tout de même ces 4 livres :

      1. « Le dernier Shogun » de SHIBA Ryotaro. D’après tes désirs, je pense que c’est celui-là qu’il te faut.
      2. « Les 47 Ronins » de OSARAGI Jiro. Mais il faut vraiment s’accrocher, le style est plutôt déconcertant.
      3. « Le Dit du Genji » écrit au 11ème siècle est le plus grand livre de l’époque, mais malheureusement assez cher.
      4. « Notes de chevet » de SEI Shonagon écrit dans les années 1000 est le livre indispensable pour connaître les mœurs de l’époque au Japon.

      Mais comme je te l’ai écrit, je ne m’y connais pas assez, « Le dernier Shogun » me paraît le plus approprié.

      Ta démarche est de toute façon excellente. Pour comprendre le Japon d’aujourd’hui, il est indispensable de connaître son histoire, même très lointaine. Ca me fait penser à un livre que j’ai lu sur les yakusas : « Yakuza, la mafia japonaise » dans lequel les deux auteurs, Kaplan et Dubro, remontent le temps pour nous expliquer comment fonctionne la mafia japonaise. Tous ces codes, dont celui de l’honneur, proviennent directement de la périodes des samouraïs. En lisant ce livre, on comprend beaucoup mieux ce que sont ces « fameux » yakusas.

      Tout ça pour dire qu’actuellement la société japonaise fonctionne encore avec ces héritages qu’ils ont adaptés, mais qu’il faut connaître pour mieux comprendre les Japonais.

      Voilà, désolé de ne pas avoir pu t’aider un peu plus, j’espère que tu trouveras tout de même ton bonheur.

      Bonnes lectures et un tout grand merci pour ce commentaire.

  2. Merci de tes conseils. Je me procurerai donc « Le Dernier Shogun ». Et je note dans un coin le livre sur les Yakusas. Ils ont une image tellement déformée qu’il est bon de savoir de quoi l’on parle réellement. En parlant d’organisation mafieuses, j’avais lu Gomorra, qui montrait vers la fin que les mafieux subissaient l’influence du cinéma et adaptaient leur codes vestimentaires et mimiques en fonction. Ca semble donc l’inverse de ce qu’il se produit avec les yakusas.

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