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« Dahlia »

TSUJI Hitonari
« Dahlia » de TSUJI Hitonari

« Dahlia » de TSUJI Hitonari

Mon avis : ★★★★★★★☆☆☆ 

Un vieil homme habite, avec son épouse, une vieille maison acquise sans le consentement de celle-ci. Pour se venger, elle ne cesse de lui empoisonner la vie à coups de jérémiades, jérémiades qui l’isolent de plus en plus du monde réel. Régulièrement, l’homme aperçoit les fantômes d’une fillette et de sa mère, ainsi que celui d’un jeune homme prostré, des oreilles duquel coule lentement un filet de sang. Le vieil homme est persuadé que ces apparitions sont un simple avertissement de sa mort prochaine, ce qui au départ amuse sa femme, qui finalement commencera à s’inquiéter. Cette petite ville où ils se sont installés afin de terminer leurs jours paisiblement a subitement changé de profil lorsque le gouvernement a pris la décision d’y installer des gens « d’une autre couleur de peau », changement qui fait dire à la population locale que tous les maux qu’ils subissent sont dus uniquement à cet « arrivage » étranger.

Ailleurs dans ce monde, il y a également ce mari qui, un beau jour, voit débarquer chez lui un jeune homme nommé Dahlia que sa femme lui présente comme étant le fils d’un ancien camarade de fac. Entre la femme et Dahlia se dessine immédiatement une étrange relation proche d’une connivence entre le diable et sa victime lui ayant vendu son âme. Le mari sent qu’il est devenu un total étranger aux yeux de sa femme, et il ne lui reste plus qu’à contempler de loin le dangereux chemin qu’emprunteront les deux nouveaux amants.

Encore ailleurs, un jeune garçon frappe « un jeune au teint hâlé » avec une barre de fer et le laisse pour mort. Lors de sa fuite, il tombe malheureusement sur le répétiteur de sa sœur qui a tout compris à l’histoire, mais qui lui laisse une chance de se rattraper en redevenant le garçon qu’il fut avant cet incident. Mais cela contre l’acceptation d’un pacte faustien qu’il ne se sent pas le courage de refuser. Mais tout pacte de ce genre a son propre revers et le jeune adolescent se retrouvera dans une situation de laquelle il ne se voit pas sortir indemne.

Dans ce roman, TSUJI Hitonari se concentre énormément sur l’étroite frontière qui existe entre le monde réel et l’au-delà, entre les morts et les vivants. Tout comme le vieil homme, le lecteur a tendance à confondre les vivants et les morts, il se retrouve vite dans une sorte de clair-obscur de la vie, et comme toujours dans ses livres, TSUJI appelle un des sens du lecteur, à savoir ici, la vue. Dans un style très cinématographique, l’auteur utilise une multitude de formules afin de décrire dans quel brouillard se trouve le narrateur. À la fin de la lecture de « Dahlia », on retient principalement toutes les intensités lumineuses que l’auteur nous a décrites, le livre ressemble plus à un éblouissement de temps en temps obstrué par des ombres ou des nuages inquiétants qui rendent très bien l’état semi-comateux de cet octogénaire qui se rapproche sans trop de crainte de l’éternel.

Ce roman pourrait être considéré comme un recueil de nouvelles s’il n’y avait pas d’une part ce concept de l’intrusion de l’étrange(r) dans toutes ces vies malmenées, et de l’autre cette fascination pour la luminosité et toutes ses variantes très adroitement décrites tout au long d’un récit trouble et malsain. La vieillesse, la jeunesse et l’âge adulte sont tous les trois confrontés à des questionnements existentiels qui ne trouvent aucune réponse rationnelle tant la nature humaine doute de ce qu’elle perçoit ou croit percevoir. On y retrouve une constante opposition entre la mort et la lumière, entre l’envie de comprendre et l’impossibilité de croire en quoi que ce soit.

Un roman très japonais dans sa thématique de l’intrusion et de l’au-delà, mais également très personnel et très original.

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2 Responses

  1. Alban

    Bonjour,
    Merci pour cette analyse. Effectivement, un roman bien étrange.
    Je butte sur un paragraphe et je me dis qu’il y a une erreur de frappe (même si je doute fortement que ce soit vrai).

    « Mes grands-parents paternels étaient des immigrés, et appartenaient à des religions en conflit. Leurs couleurs de peau et leurs langues différaient, sans parler de leur culture et de leurs coutumes. Mais ils s’étaient trouvés, franchissant la barrière qui séparait leurs mondes respectifs. Ils étaient assez jeunes pour prendre leur rencontre pour un destin. Un jour, chacun d’eux trouva dans le regard de l’autre cette parcelle d’amour et de désir, qui aboutit à la naissance de ma mère. »

    Là, je comprends pas trop : il (Dahlia) vient de dire « mes grands-parents paternels » et à la fin du paragraphe, il dit « qui aboutit à la naissance de ma mère ».

    Avez-vous une explication à cela ?
    Merci.

    1. Pierre C.

      Bien vu Alban. Je n’ai malheureusement pas l’explication. Erreur de l’auteur ou erreur du traducteur ? Entre nous, ça ne m’étonnerait pas que ce soit de TSUJI lui-même et que le traducteur n’y ait vu que du feu. En tous cas, c’est la version que je préfère.

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