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La Littérature Japonaise
« Hôzuki » de SHIMAZAKI Aki

« Hôzuki » de SHIMAZAKI Aki

Mon avis : ★★★★★★★★★☆ 

Madame Tsuji tient une boutique de livres d’occasion à Nagoya (ville située dans la région du Chūbu, au centre de Honshū). Elle y élève son fils unique, Tarô, un petit garçon de presque sept ans, sourd et muet. Elle, son fils et sa grand-mère habitent ensemble à l’étage de la librairie. Rien ne semble pouvoir porter préjudice à cet équilibre familial bien établi jusqu’à l’arrivée d’une certaine madame Sato, un mardi neigeux, mélancolique et tranquille.

Madame Sato est tout simplement venue chercher quelques livres de philosophies pour son mari. Elle tend la liste des livres recherchés à la libraire, mais dès qu’elle aperçoit Tarô, elle est soudainement et incroyablement attirée par ce petit garçon sourd-muet, si calme et serein et avec qui sa petite fille Hanako s’entend si parfaitement. C’est à  ce moment-là qu’elle décide inconsciemment de le connaitre plus profondément, et elle n’hésitera pas à utiliser sa propre fille pour arriver à ses fins.

Ce court roman, comme nous a habitué l’écrivaine japono-québecoise, est une pure perle littéraire d’une densité et d’une tendresse éblouissantes. L’identité, thème cher à Shimazaki, y est une nouvelle fois superbement et d’une façon inattendue développée. La venue de cette Madame Sato, à première vue une cliente comme une autre, jette impitoyablement et irrémédiablement Mme Tsuji dans les gouffres de son passé inavouable. On peut dire que la grandeur du roman tient principalement dans le fait que ce passé qui resurgit si soudainement ne va pas qu’entacher la vie de Mme Tsuji, mais de tous ceux qui sont de près ou de loin, rentrés dans sa vie actuelle ou passée.

L’autre thème phare de Shimazaki, le « secret », irrémédiablement accolé à toute notion d’identité, est également bien présent dans « Hôzuki ». Que ce soit pour Mme Tsuji ou pour Mme Sato, le poids du secret sera tellement élevé qu’elles ne pourront plus indéfiniment le dissimuler en leurs propres âmes, et c’est avec ingéniosité que l’auteure nous démontrera que tout secret partagé ne peut rester totalement et indéfiniment voilé.

Au niveau du style, Shimazaki reste dans la simplicité des phrases courtes et joliment ciselées. On ne peut éviter de penser au style des haïkus en lisant ce dernier roman de l’auteure d’origine japonaise tant elle peut en quelques mots sublimer un moment, une situation, une ambiance. Voici les trois premières phrases du livre « Dans la vitrine, je dispose des livres d’occasion que je viens d’acheter. Il est environ quatre heures de l’après-midi. Une neige floconneuse commence à tomber. » Le décor est posé, il fait calme, le temps est cotonneux, les livres d’occasion nous plongent dans un passé qui n’attend qu’un petit événement pour resurgir. Cela semble si simple et si évident sous la plume d’Aki Shimazaki, et pourtant, rien n’est simple ni évident.

Un livre tendre qui aurait pu tomber dans la sensiblerie (pourquoi avoir choisi par exemple un enfant sourd et muet ?), mais ce serait sans compter sur la maîtrise d’une écrivaine singulière qui reste authentique, passionnante, éblouissante dans sa simplicité et attachée à son pays d’origine qu’elle continue à nous faire connaître par le biais de son style franco-japonais terriblement émouvant. Un livre à lire tranquillement et à relire afin d’y (re)découvrir quelques phrases magnifiques.

Hozuki

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[Total : 7    Moyenne : 4.6/5]

2 Réponses

  1. Bonjour Pierre, votre billet est magnifique, comme toujours. Vous retranscrivez très bien votre ressenti. J’ai aussi beaucoup aimé ce roman. Shimazaki est une auteur que j’adore et achète les yeux fermés.

  2. Pierre C.

    Bonjour,

    Merci beaucoup pour votre compliment, ça me touche beaucoup.

    Je suis également un fidèle de Shimazaki, mais ce n’est pas pour cette raison que je l’encense. C’est juste que je ne vois vraiment pas ce qu’on peut lui reprocher. Et n’oublions pas que sa langue maternelle est bien le japonais, ce qui m’épate à chaque nouveau roman. Vivement le prochain…

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