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« La ballade de l'impossible »

Haruki MURAKAMI
« La ballade de l'impossible » de MURAKAMI Haruki

« La ballade de l’impossible » de MURAKAMI Haruki

Il s’écrit sans doute tellement d’essais, de biographies et d’articles sur l’œuvre de Haruki Murakami qu’il paraît difficile d’en dire quelque chose de nouveau ou d’original.

Mais dire simplement que sa lecture me touche semble possible. Ou plutôt dire qu’elle me berce. Dire qu’il y a cette légère mélodie qui instantanément m’emporte. Il y a les mots, les phrases, ces petites touches de détails sur le temps, sur l’atmosphère qu’il fait par moment, ces courtes scènes qu’on dirait inutiles mais qui sont décrites avec tant de subtilité qu’elle parviennent à me transporter dans un visuel familier. Avec cette mélodie légère, mon esprit peut transposer ces scènes dans un visuel qui m’est intime. Haruki nous donne de l’espace, de l’air libre. Il n’y a rien de rebutant car son écriture est douce et fluide, sans jamais donner l’impression qu’il veut à tout prix nous charmer. Non, c’est une sincérité naturelle qui déborde du texte et vient avec évidence nous séduire.

L’histoire est simple. Il n’y a aucune intrigue brillante ou sophistiquée. Il s’agit d’un réel (bien que fictionnalisé) qui sonne aussi bien vrai que vraisemblable. Il y a le fond historique, ou l’arrière-fond de l’histoire récente, la fin des années 60, qui depuis longtemps m’intéresse, et qui donne au récit son ancrage dans la réalité. On sait que ces années-là ont connu des révoltes sur les campus du monde entier, ce qui fût aussi le cas au Japon. Murakami parle de ces luttes révolutionnaires, les évoque, mais comme son narrateur n’y participe pas, le lecteur y est très peu confronté. Haruki ne s’y est sans doute pas intéressé lui-même à l’époque et n’a d’ailleurs aucun regret sur ce point. C’est l’amour et la littérature seuls qui l’ont animé. Le sujet réside donc dans la manière dont un jeune homme devient adulte et fait son apprentissage de la vraie vie et des responsabilités qui vont avec, tout cela à travers ses histoires d’amour. Tout à fait le sujet sur lequel je peux plaquer mes propres préoccupations comme mon parcours personnel : mêmes lectures, caractère solitaire, un calme raisonnable en apparence, nécessités fréquentes à se détacher du réel, difficultés à devenir un véritable être sociable.

De même, il possède à deux moments différents deux amis qui s’avèrent plus que lui en toute chose : plus à l’aise dans le monde, dans l’action, plus légers et plus profonds, plus beaux, plus séduisants pour les filles, plus sensibles (Kizuki) ou plus insensibles (Nagasawa). Cette amitié faite de deux êtres différents mais généralement complémentaires me touche toujours, aussi bien dans l’existence que dans les œuvres que je peux lire ou voir.

Le sexe aussi. Murakami met en scène des personnages qui possèdent une activité dans ce domaine, qu’elle se fasse seul ou à deux, qu’elle s’exprime dans le fantasme ou dans l’altérité. Et c’est important de retrouver cet aspect dans un roman car la vie de l’être humain est faite de sexe, qu’on le veuille ou non. En le lisant, j’ai eu le sentiment, qu’en matière de mœurs, les Japonais étaient passés par les mêmes étapes à la même époque que les européens, et d’établir cette correspondance m’a fait très plaisir. Car c’est finalement la même complication et la même simplicité que nous connaissons en France et dans les pays qui nous entourent. J’aime les scènes où Watanabe et Nagasawa vont draguer à Shibuya le samedi soir et le fait que ça marche aussi facilement (même s’il y a un soir où c’est moins simple que d’habitude), j’aime l’idée qu’il y ait des Japonaises qui couchent le premier soir en étant aussi libérées, aussi égales en liberté que leurs homologues masculins.

On a donc affaire à un héros jeune, qui n’est en fait pas du tout un héros, qui se pense comme ordinaire, un lecteur cultivé, un solitaire peu dans l’action et qui vit malgré tout des histoires sexuelles avec des jeunes femmes, et qui apprend peu à peu à entrer dans le monde adulte : difficile de ne pas avoir aimé cette lecture.

J’aime le fait que Murakami nous mette face au suicide, à la folie, à la grande solitude, à la difficulté d’être au monde (une habitude il faut croire), aux pentes glissantes, dangereuses, âpres mais avec nuance, douceur, sans brutalité, dans une tendre musique mélancolique. Cette dernière a beau être peuplée de notes dissonantes, il a la volonté de nous montrer que cela fait partie de la vie, que les difficultés que l’on connaît tous viennent du simple fait de vivre et des injustices inhérentes à l’existence en soi (même s’il élude la possibilité qu’elles puissent provenir aussi d’un système économiquement injuste). Généralement, il l’exprime par l’intermédiaire d’un personnage racontant ce qu’il sait de la douleur ayant suivi un événement tragique (sauf quand Watanabe va voir le père mourant de Midori). Il impose ces difficultés existentielles à son héros pour le faire grandir, pour le faire sortir de lui-même, de son foyer, de ses habitudes et des barrières de protection qu’il avait lui-même érigées entre sa propre vie et le monde extérieur. Un vrai roman d’apprentissage.

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