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« La déchéance d’un homme »

DAZAI Osamu
« La déchéance d’un homme » de DAZAI Osamu

« La déchéance d’un homme » de DAZAI Osamu

Mon avis : ★★★★★★★★☆☆ 

C’est lors d’un voyage à Funabashi, dans le département de Chiba, que DAZAI Osamu rencontre la patronne d’un bar qu’il connut 10 ans auparavant à Kyôbashi (Tokyo). Après les quelques politesses d’usage, elle lui remet trois carnets d’un certain Yôzô, jeune homme qui fréquenta très assidûment le bar qu’elle tenait dans les années 1930-1932 à Tokyo. Elle lui propose d’en faire un roman. DAZAI accepte d’y jeter un coup d’œil sans toutefois lui promettre de l’utiliser pour une quelconque œuvre littéraire.

De retour à Tokyo, il se plonge immédiatement dans le manuscrit de cet inconnu qui s’avère être un personnage d’une complexité plutôt inquiétante. Tout petit déjà, Yôzô est un garçon extérieurement bouffon, mais intérieurement enclin à un genre de neurasthénie incompréhensible pour un garçon de cet âge.

À l’âge adulte, sa personnalité versatile ne fait qu’empirer et ce n’est pas son ami Horiki, avec qui il commence une vie de débauche, qui l’aidera à retrouver un certain équilibre. Tous deux se livreront à toutes les débauches possibles et imaginables allant de fréquentes rencontres avec les prostituées du coin, en passant par des prises massives et quotidiennes de saké qui ne feront qu’aggraver l’état mental de ce jeune homme qui se destinait pourtant à une grande carrière artistique. Ni l’amour, ni l’amitié n’arriveront à sauver cet homme sur le déclin qui sent profondément que toute tentative d’arriver à une certaine normalité, ou tout au moins un équilibre suffisant, lui sera refusée tant qu’il vivra.

DAZAI Osamu se met ici dans une situation très risquée du point de vue littéraire. Il imagine cette rencontre hasardeuse avec une tenancière de bar afin de mettre en exergue sa propre vie au travers d’un manuscrit relatant la vie d’un artiste raté, alcoolique et déséquilibré. Le risque d’une telle entreprise est de tomber dans un narcissisme nauséabond dans lequel DAZAI se complairait sans aucune pudeur. Mais, même si le lecteur sait très bien que le personnage principal n’est autre que son alter ego, il ne prendra jamais DAZAI en défaut de complaisance malsaine.

« La déchéance d’un homme » n’est absolument pas narcissique, mais est plutôt une confession intellectuelle et sensible de la nature humaine et de ses fragilités innées. Osamu-Yôzô essaie désespérément de se sortir de ce spleen avilissant. Il tentera même de se passer d’alcool par amour, mais rien n’y fait, l’ombre de la mort le suit et le rattrape partout où il va. Il essaiera également de se séparer de l’emprise de son compagnon de beuverie Horiki en le diabolisant, mais l’appel à la déchéance est trop important et inéluctable.

L’écriture de ces carnets est parfois déroutante tant l’on passe de moments de clairvoyance du héros à ses divagations intellectuelles dues soit à l’alcool, soit à la maladie mentale dont il souffre. Déroutant, mais indispensable pour décrire l’état d’esprit dans lequel un homme mentalement malade peut se retrouver.

Ces confessions sont à la fois indispensables pour ceux qui connaissent l’auteur, mais également très pertinentes pour tous ceux qui voudraient comprendre comment un homme peut se retrouver poussé contre sa volonté vers une mort qui lui paraît justifiée.

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2 Responses

  1. Payot

    Votre analyse du livre est remarquablement bien faite.

    Malheureusement la traduction française de Georges RENONDEAU est mauvaise même catastrophique.

    Gallimard aurait du refuser cette traduction!

    1. Pierre C.

      Merci pour votre compliment.

      Je ne me souviens plus de cette traduction, mais il est certain qu’à cette époque, certaines traductions étaient assez indigestes.

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