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« La jeune fille suppliciée sur une étagère »

YOSHIMURA Akira
« La jeune fille suppliciée sur une étagère » de YOSHIMURA Akira

« La jeune fille suppliciée sur une étagère » de YOSHIMURA Akira

Mon avis : ★★★★★★★★★★ 

Mieko est allongée sur son lit dans une chambre minuscule de la maison de ses parents. Elle ne peut plus bouger ses membres, elle se contente d’observer les bibelots qu’elle connaît pourtant parfaitement. Elle écoute également la pluie tomber légèrement dans le jardin qu’elle a maintes fois foulé jusqu’à ce qu’elle entende une voiture arriver et s’arrêter devant chez elle.
En sortent deux hommes venus la chercher, ou plutôt venus chercher son corps, Mieko est en effet morte, mais tous ses sens sont restés en éveil.

Ses parents n’ayant plus assez d’argent pour lui payer une cérémonie funéraire ont décidé de vendre la dépouille de leur fille unique à un hôpital qui s’en servira à des fins de recherches médicales. Il ne reste plus qu’à Mieko d’attendre patiemment que la science fasse son travail en s’appropriant petit à petit l’entièreté de son corps. Chaque organe, chaque nerf, chaque os lui seront retirés consciencieusement par une équipe médicale qui ne verra en elle qu’une source d’enseignement anatomique et non plus la jeune fille qu’elle fut.

S’il y a une seule nouvelle à lire afin de se rendre compte de ce qu’est la littérature japonaise d’après-guerre, c’est certainement ce petit chef-d’œuvre qu’est « La jeune fille suppliciée sur une étagère ». Tout en découvrant le génie littéraire d’un des plus grands écrivains japonais qu’est YOSHIMURA Akira, le lecteur se plonge en même temps dans tout ce qui fait que cette littérature est tout à fait unique, originale, fastueuse, nostalgique et terriblement authentique.

Il y a d’abord le fait que YOSHIMURA est d’une concision extraordinaire. En quelques pages seulement, nous imaginons parfaitement à quoi ressemble la chambre de la jeune fille, de quelle froideur se couvre la salle d’autopsie de l’hôpital et surtout dans quel état d’impuissance se trouve Mieko qui, sachant qu’elle ne peut plus rien y faire, accepte sa condition d’objet scientifique sans aucune rancune, ni pour les médecins, ni pour ses parents qui l’ont pourtant abandonnée.

Ensuite, il y a ce mélange de fantastique et de réel, si cher au très populaire MURAKAMI Haruki. Mais il est ici poussé à l’extrême, les deux extrêmes fondamentaux de la vie, le corps et l’esprit se rencontrent dans un acte qui est tout aussi banal que violent. Aux côtés du scalpel et de la froideur du regard des médecins se trouve l’âme encore bien éclairée de l’être humain.

Dans ces quelque 70 pages, YOSHIMURA arrive également à y glisser quelques sentiments délicats comme la pudeur que cette jeune fille continue à ressentir devant tous ces scientifiques examinant sa nudité froidement, sans aucune retenue ni respect. C’est un excellent moyen de ne pas laisser ce récit sombrer dans le morbide ou le maladif, mais de l’élever vers une dimension bien plus humaine et romantique. Et ceci est une des caractéristiques prédominantes dans la littérature et le cinéma japonais ; là où l’on pense que les artistes japonais se complaisent dans la noirceur, le morbide et le choquant, il existe très souvent une autre perspective spirituelle, sociale ou humaine.

Ensuite, YOSHIMURA Akira, nous expliquant la raison pour laquelle les parents de Mieko vendent le corps de leur fille unique comme une vulgaire monnaie d’échange, veut pointer du doigt l’après-guerre catastrophique qu’a connu le Japon suite à une incompétence du gouvernement, et qui a conduit bon nombre de familles à commettre des actes immoraux afin de pouvoir survivre dans ce Japon dévasté et dominé par la présence américaine. Il ira même jusqu’à réduire le corps de Mieko à une somme dérisoire afin de nous démontrer que les autorités de l’époque faisaient peu de cas de la nature humaine.

Une nouvelle froide, mais très humaine et spirituelle. Une nouvelle qui nous prouve que cet écrivain est un véritable virtuose des mots, des descriptions justes et des structures narratives. Une nouvelle merveilleuse dans tous les sens du terme qui sent le travail acharné, passionné et tout simplement génial d’un écrivain qui a préféré durant toute sa vie la qualité plutôt que la quantité.

Dans la deuxième nouvelle intitulée « Le sourire des pierres », YOSHIMURA reprend le thème de la mort, mais avec un aspect beaucoup plus religieux et sacré.

Eichi et Sone se retrouvent à l’université après avoir été séparés de très longues années alors qu’ils étaient très proches étant enfants. Mais après le suicide de son père, Sone doit quitter la région sans crier gare laissant Eichi seul et perplexe.

La sœur d’Eichi, ayant appris que Sone n’avait aucun endroit où loger, lui propose de venir s’installer chez eux, ce qui ne réjouit pas vraiment Eichi, qui sent que la personnalité de Sone a quelque peu changée et que son ancien camarade semble cacher d’étranges secrets. Pour en avoir le cœur net, il accepte de suivre son ami qui l’invite pour un court voyage vers l’île de Sado, afin de lui montrer d’où provient la source de ses revenus.

À leur retour, la relation entre les deux amis commence à se détériorer petit à petit, Sone prenant de plus en plus de place dans la vie qu’Eichi s’est évertuée à construire afin de préserver l’équilibre mental de sa sœur qui ne s’est toujours pas remise de son divorce.

Une nouvelle de YOSHIMURA qui certes est d’une grande facture, mais qui malheureusement souffre de son voisinage éditorial avec ce chef-d’œuvre absolu qu’est et restera encore longtemps « La jeune fille suppliciée sur une étagère ».

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