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« La vie d’un idiot »

AKUTAGAWA Ryūnosuke
« La vie d’un idiot » de AKUTAGAWA Ryūnosuke

« La vie d’un idiot » de AKUTAGAWA Ryūnosuke

Mon avis : ★★★★★★★★☆☆ 

« L’engrenage » est l’histoire d’un homme qui se rend à Tokyo afin de participer au mariage d’une de ses connaissances. Alors qu’il attend l’entrée en gare de son train, il rencontre un coiffeur qui lui parle d’un fantôme récemment aperçu dans la région. Ce fantôme, paraît-il, ne sort que les jours pluvieux et est facilement remarquable grâce à son étrange manteau de pluie. L’homme n’y prête guère attention jusqu’au moment où il aperçoit dans un des wagons un énigmatique personnage affublé d’un manteau de pluie. Arrivé à Tokyo, il veut rejoindre son hôtel, mais c’est alors que commence pour lui une série de petits événements anodins qui le rendront de plus en plus inquiet pour sa santé mentale qu’il sait fragile, sa mère étant devenue folle quelques années auparavant. L’engrenage mental de l’homme est alors mis en route et il sent que les rouages de son esprit sont désormais loin de le laisser en paix.

« La vie d’un idiot » est un document qu’AKUTAGAWA envoie à KUME Masao, poète, romancier et dramaturge japonais, en lui demandant d’en faire ce qu’il veut, le publier ou pas, et si oui, de la manière qu’il trouve la plus adéquate. Cette nouvelle comporte 51 petits textes épars et sans véritable logique narrative. Il existe néanmoins un point commun entre ces textes brefs, c’est l’exacerbation des sens de l’auteur qui sent petit à petit la folie l’envahir ; comme si sa sensibilité était en train de le submerger totalement, comme s’il semblait sentir son corps s’enfoncer dans des sables mouvants et qu’il ne lui restait plus que sa plume pour lancer un dernier appel au secours.

Parmi d’autres expériences, il se souvient d’une douce caresse d’ailes de papillon sur ses lèvres qui lui ont laissé une sensation qu’il ressent toujours des années plus tard. Il se souvient d’une visite à l’asile où s’était réfugiée sa mère, visite qui lui collera à la rétine jusqu’à ses derniers jours. Il observe peureusement l’ombre folle de sa mère qui ne cessera jamais de se mélanger à sa propre ombre et qui le fera parler d’anges, de morts, de dieux et de suicides.

Dans ce deuxième récit, AKUTAGAWA fait preuve du renoncement le plus total. Il se sacrifie au récit, ou plutôt, il ne veut plus se mettre au-devant de la scène. Sa propre personne semble ne plus l’intéresser et il congédie dramatiquement le « Je » qu’il utilisait encore dans son récit « L’engrenage ». Le fait de faire voler en éclat son récit en le brisant en 51 petites pièces représente l’âme de l’auteur à l’époque où il écrivit ce texte. Pour lui, il n’y avait plus rien de cohérent, même la narration de ses propres pensées ne pouvait plus être cohérente ou fertile. Cette œuvre est très déroutante et émouvante, surtout lorsque l’on sait qu’il l’écrivit peu de temps avant son suicide.

Dans ces deux nouvelles, on remarque également son attirance pour la littérature occidentale que les Japonais commencent à découvrir. AKUTAGAWA est très attiré par la culture occidentale et a beaucoup de mal à conjuguer sa propre culture à tout ce qu’il a pu ingurgiter de l’Occident durant sa courte vie.

« La vie d’un idiot » et « L’engrenage » sont donc une excellente introduction à l’œuvre d’un écrivain trop tôt disparu et qui compte parmi les plus talentueux de sa génération.

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