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« L’âme de Kôtarô contemplait la mer »

MEDORUMA Shun
« L’âme de Kôtarô contemplait la mer » de MEDORUMA Shun

« L’âme de Kôtarô contemplait la mer » de MEDORUMA Shun

Mon avis : ★★★★★★★★★☆ 

Kôtarô, pêcheur et agriculteur d’une cinquantaine d’années, se retrouva un beau jour chez lui, dans le coma, à la grande désolation de son entourage et plus particulièrement de Uta, la voisine, qui le choyait depuis qu’il était petit. Uta se demanda si ce n’était pas à nouveau son mabui qui s’en était allé. Déjà tout petit, il avait été sujet à de fréquents « défaillements de l’âme ». Avec l’âge, ces défaillements ne survenaient plus que tous les deux ou trois ans, mais à chaque fois, Uta était sollicitée afin de récupérer son mabui. Mais là n’était pas sa seule tâche. En effet, Uta devait également tenter de maîtriser l’aaman (une espèce de bernard-l’ermite terrestre) qui avait à peu près la taille d’une main et qui ne cessait d’entrer et de sortir de la bouche de Kôtarô avec pour seul but (semblait-il) d’agacer la famille déjà assez perturbée comme ça. Mais Uta, elle, avait d’autres chats à fouetter. Elle se doutait de l’endroit où l’âme de Kôtarô s’était réfugiée : la plage était l’endroit qu’il préférait pour s’isoler et se ressourcer. Elle se mit donc en chemin vers la plage, laissant toute la famille désemparée, avec la ferme intention de raisonner l’âme de Kôtarô qui, sans doute, devait contempler la mer.

Yoshiaki (le père) et Takashi (le fils) sont tous deux de grands amateurs de combats de coqs. Yoshiaki élevait des coqs dans le but de les faire concourir dans ces nombreux combats organisés dans les gallodromes de l’île d’Okinawa. À l’été de la cinquième année d’école primaire de Takashi, son père lui offrit un poussin dans le but qu’il l’élève lui-même et qu’il en fasse un coq de combat. Le jeune garçon le nomma Aka et mit toute sa bonne volonté pour qu’il devienne le meilleur combattant et que son père puisse être fier de lui. Dès qu’Aka fût prêt, Yoshiaki commença à emmener le coq aux combats pour l’évaluer lors de vrais affrontements. Très rapidement, la réputation d’Aka se répandit chez les parieurs qui vinrent de plus en plus nombreux suivre le nouveau prodige.

Un jour, alors que Takashi nettoyait la volière, un certain Satohara demanda à voir le coq. Après l’avoir observé minutieusement, il demanda à Takashi de le lui vendre, ce que Takashi refusa catégoriquement. Mais ce que le jeune garçon ignorait, c’est que ce que voulait Satohara, il finissait toujours par l’obtenir, et ce par n’importe quel moyen.

On retrouve dans ce recueil de 6 nouvelles ce qui caractérise très exactement l’œuvre de Medoruma et ce qui le distingue des autres auteurs japonais contemporains, à savoir que Medoruma est à la fois un intellectuel averti et un conteur très proche de son archipel natal et de ses petites gens. Ce qui pourrait paraître paradoxal est, dans les récits de Medoruma, d’une cohérence telle que le lecteur n’y voit que du feu. Ses expériences constantes dans la technique narrative se fondent admirablement bien dans des récits tirés de la vie des gens de condition modeste. On retrouve dans le premier récit de ce recueil « Mabuigumi : L’âme relogée » un agriculteur-pêcheur qui se trouve dans un coma profond après avoir laissé s’échapper son âme. Medoruma choisit intentionnellement d’avoir pour base à ce récit onirique et philosophique un foyer des plus humbles. La force de ses récits est d’élever, ou plutôt de mettre à sa juste valeur l’être humain d’où qu’il vienne et ici en l’occurrence les gens d’Okinawa.

Les récits de Medoruma donnent un nouveau souffle à la littérature japonaise qui se confine généralement à Tôkyô ou à d’autres grandes villes du pays. Chez lui, la situation géographique et historique d’Okinawa apporte une approche différente de la littérature japonaise. Son onirisme est plus dû au folklore local qu’à une envie (ou une obligation) de répondre à une demande de réaliser une œuvre typiquement japonaise. Les fantômes, les âmes, les spectres que l’on peut rencontrer dans les écrits de Medoruma proviennent directement du folklore d’Okinawa et non pas d’un style littéraire provenant d’une longue lignée d’écrivains japonais qui aurait perdu l’essence même de sa substance.

L’écriture, même si elle est le résultat d’un travail profond, cultivé et intelligent, reste une écriture agréable, fine et légère ; ce qui est un réel exploit. Le lecteur se laisse facilement entraîner dans les méandres de tous ces mots étranges, de tous ces personnages que l’auteur décrit à la perfection en quelques coups de plumes, et de tous ces endroits exotiques qui ont bercé l’enfance de l’auteur qui rend formidablement la vision qu’il en avait lorsqu’il était enfant.

À noter que pour ces premières traductions en langue française de l’œuvre de Medoruma, les Éditions Zulma n’ont pas fait les choses à moitié en s’offrant les services de Myriam Dartois-Ako, Véronique Perrin et Corinne Quentin pour la traduction. Merci à l’éditeur et aux traductrices.

 
L’âme de Kôtarô contemplait la mer

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