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« L'arbre du voyageur »

Hitonari TSUJI
« L'arbre du voyageur » de TSUJI Hitonari

« L’arbre du voyageur » de TSUJI Hitonari

Un vrai roman d’apprentissage aussi. Un jeune homme part à la recherche de son grand frère dont il n’a plus de nouvelles depuis six ans.

               Au début il y a, comme souvent, la mort. Celle de leurs parents en l’occurrence. C’est le point de départ, ce qui libère et ce qui motive ensuite pour partir en mission. Sans attaches, le jeune homme souhaite désormais retrouver son unique repère familial, ce grand frère mystérieux. J’aime cette idée : se donner une mission à remplir, un contrat à honorer avec soi-même. C’est un besoin pour lui, mais généralement les personnages en quête, en recherche, m’intéressent, quels qu’en soient la raison ou le dessein.

               Il y a donc une recherche, qui avance peu à peu à travers une série d’indices que le disparu a laissé derrière lui, une succession d’étapes, tout cela relaté de façon réaliste : le voyage à Tokyo, l’emménagement dans l’appartement du grand frère, la découverte des proches de ce dernier (les deux dernières petites amies, Hisami et Atsuko, et son collègue du « jardin d’Eden », le fleuriste Yasuda), le tee-shirt avec le sang, le répondeur enfin. Le lecteur suit le même cheminement que le jeune homme, et en même temps que ce dernier, apprend qui était le grand frère, Yuji ; peu à peu son portrait se dessine, se précise. J’aime ce personnage-fantôme pour ses fugues, sa nature fuyante, sa difficulté à rester dans les normes, sa timidité, sa bizarrerie. Les discours des protagonistes rencontrés construisent son portrait mais les souvenirs du petit frère aussi y participent, quand ils surgissent spontanément (en cela l’auteur obéit à la nature imprévisible du souvenir). Yuji s’y avère là froid, cruel, dangereux, autodestructeur, distillant des faits, des gestes et des phrases énigmatiques.

               Le jeune homme a toujours vécu dans l’ombre immense de son aîné et c’est justement parce que le second n’a été qu’une présence fantomatique et lointaine qu’il n’a pas pu devenir par lui-même quelqu’un, un adulte capable d’acquérir sa totale indépendance. Il ne l’a pas tué. Il faut toujours tuer le grand frère pour ne plus seulement rester le petit. C’est d’abord en faisant l’amour avec Hisami puis en apprenant son décès qu’il s’en libère. Dans sa quête, il côtoie des êtres fragiles, qui rêvent, qui sont attirés vers l’ailleurs, leur ailleurs. On sent chez eux une vraie détresse à ne plus savoir quoi faire, ni qui être. Ils sont perdus, sans boussole intérieure. Et il y a le suicide à la fin, la folie est proche, sur le fil : cette mort sociale qu’a organisée Yuji. Il y a enfin cette supposition émise dans les dernières pages que c’est lui qui aurait amené Yasuda à sauter du haut de son paradis vert.

               On retrouve ici aussi cette déambulation dans Tokyo (comme dans Tokyo décibels) d’un orphelin seul avec sa recherche personnelle. C’est son « arbre du voyageur ». Dans ce monde actuel qui est un désert de sens et où la vie est errance, chacun cherche l’eau qui pourra enfin l’abreuver, étancher sa soif, le faire vivre.

               Et à la toute fin, de finalement retrouver (enfin) Yuji (devenu une sorte de zombi mystique), on a affaire à un coup de théâtre, un rebondissement narratif plutôt fort (puisqu’on le pensait mort).

               Mais, et l’avion qui disparaît à la fin au loin?

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