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Le Bouddha blanc

TSUJI Hitonari
« Le Bouddha blanc » de TSUJI Hitonari

« Le Bouddha blanc » de TSUJI Hitonari

     Le Bouddha blanc est un roman riche et foisonnant qui peut pourtant se résumer en une simple phrase. Il raconte toute la vie de l’armurier Minoru Eguchi sur l’île d’Ono dans le Kyûshû. Tout simplement.

     Le récit commence au moment où Minoru est à l’hôpital, sur le point de mourir. Le reste est un long flash-back qui s’attache à décrire les grandes étapes de son existence : son amour pour Otawa ; la mort de son grand frère Ishitaro ; ses trois amis ; sa relation avec sa femme, Nue ; son travail d’armurier et d’inventeur.
C’est un roman qui traverse le 20ème siècle mais le fait qu’une grande partie de l’action ait lieu sur une île en province, retirée des grandes villes, l’éloigne de la grande histoire du Japon telle qu’elle s’est déroulée durant cette période récente. Exceptés les passages qui concernent les guerres, notamment celle qui a opposé le Japon à la Russie. Un conflit qui semble avoir duré longtemps puisque le héros en parle dès le début de sa narration pour le relater ensuite de l’intérieur. Cet épisode, quand Hinoru se trouve en Sibérie, isolé de ses troupes, et en vient à éliminer un soldat russe après une longue attente, caché, à tirer à l’aveugle, est d’ailleurs selon moi le meilleur passage du roman. S’ensuivent également des éléments abordant la seconde guerre mondiale puisque les activités professionnelles du personnage sont liées à l’armement des soldats.

     Mais on reste généralement dans un même confinement insulaire. De la même façon que l’on reste avec les mêmes personnages – même s’ils disparaissent peu à peu. Les pages qui relatent son désir/amour pour Otawa sont formidables, en particulier ce moment où Hinoru la surprend avec un soldat japonais en plein acte sexuel. De même, les réflexions sur le fantasme et la réalité, sur la manière dont le sexe est ressenti et expérimenté par le protagoniste à mesure qu’il grandit sont savoureux. Il faut dire que j’aime beaucoup lire un récit dans lequel un jeune garçon est attiré, aimanté, par une jeune femme plus âgée. Le fait qu’il y pense et y repense toute sa vie entière me touche, le fait que les souvenirs qu’il conserve de cette histoire restent intacts en lui, toujours aussi vivants, m’émeut.
Bien sûr, j’apprécie et me reconnais dans les récits qui mettent en scène une bande d’amis, même dans leurs aspects les moins glorieux, quand ils se frottent par exemple au plaisir de faire souffrir un plus faible, tous ceux qui ont fait partie d’une bande de garçons connaissent cela (du point de vue de la victime, du bourreau ou du simple témoin gêné n’osant intervenir).
La mort du grand frère est essentielle. Surtout ses circonstances, puisque l’accident en bateau implique la possibilité que le noyé aurait très bien pu être Hinoru lui-même et non Ishitaro.

     C’est un roman qui cherche à exprimer ce qu’est le mystère métaphysique de l’existence, qui explore et creuse notre désarroi face au sens que l’on peut donner à la vie et à la mort. Dans Le Bouddha blanc, Tsuji utilise assurément son personnage pour dévoiler ses propres doutes, ses propres questionnements devant tout ce mystère. Hinoru est un personnage qui ne cesse de s’interroger, qui veut comprendre, se penchant sur ces questions sans fin et sans réponses à mesure qu’il voit (ou fait) disparaître des proches comme des lointains. Tsuji ose s’attaquer à ces intemporalités-là. Comment les disparus vivent-ils en nous ? Comment se perpétuent leur mémoire et les traces de leur passage sur terre ? La mort et la décomposition qu’entraîne la vieillesse sont des thèmes récurrents dans le roman et ils sont traités aussi bien par le biais d’une écriture corporelle, charnelle, matérielle que par la réflexion.

     La mère du héros retombant en enfance et finissant par revivre dans son passé, là où son enfant noyé vit encore, est un personnage proche de mon univers, comme s’il s’agissait là d’un  élément appartenant à mon imaginaire personnel.
Des rêves et des rêveries (images ou films mentaux qui naissent dans l’esprit semi-conscient du héros) parsèment la narration. Tsuji les décrit soit comme séparés du récit conscient, soit comme insérés en son déroulement. Un procédé non systématique, une qualité de fond, sur lequel il me plaît de naviguer. L’auteur ne sous-estime pas l’importance de l’activité inconsciente.
Les codes qui régissent les relations amoureuses sont présents et l’on n’oublie pas, sans appuyer, de montrer qu’ils ont évolué d’une génération à une autre. La fille d’Hinoru, Rinko, s’affranchit de la règle sociétale du mariage arrangé en choisissant elle-même son petit ami.
Il y a malgré tout des éléments mystiques qui m’ont échappé, tels la réincarnation qui expliqueraient les sensations de déjà-vu que connaît régulièrement Hinoru, le rapport de Rinko avec le village où ont vécu une sorcière et bien sûr le bouddha blanc. Ce sont des spécificités bouddhistes dont je n’ai pas la clef. Je me demande d’ailleurs de quelles façons ces éléments ont été reçus (et je pense là aussi à l’obsession métaphysique du narrateur) par les lecteurs japonais : une telle insistance ne confine-t-elle pas à l’exagération selon eux ? Est-ce crédible qu’un homme né il y a longtemps puisse s’interroger autant et tout au long de sa vie sur ces questions-là ?

     Dans la postface de Tsuji, j’aime la sincérité que l’on sent dans ses remerciements et le fait qu’il ait écrit ce livre à New-York.

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