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Le passage de la nuit

MURAKAMI Haruki
« Le passage de la nuit » MURAKAMI Haruki

« Le passage de la nuit » MURAKAMI Haruki

     Nous sommes au début une caméra légère comme une plume, agile comme un oiseau, au regard aussi aiguisé que celui d’un aigle. Nous : le narrateur et le lecteur. Et aussi, pourquoi pas, un des personnages.
Ce point de vue volatile a pour but de nous offrir un large panorama sur Tokyo comme sur la société japonaise, avant de se fixer sur quelques proies particulières, sur quelques individus choisis dans la masse. Un tel système de narration donne le sentiment qu’Haruki aurait très bien pu s’attacher à d’autres personnages, voire à n’importe qui. Avec cette perspective, tout dans le récit paraît constamment ouvert et aléatoire.
Mais c’est sur Mari et Eri, deux sœurs, qu’il a décidé de fondre.
Mari a dix-neuf ans et elle lit dans un café. Elle a décidé de passer la nuit dehors. Elle se fait aborder par un ancien camarade de sa sœur, Takahashi, un étudiant et musicien. Eri, elle, dort dans sa chambre. Elle semble en permanence, dans son sommeil, surveillée par un homme issu d’une autre réalité.
Dans ce roman qui se déroule sur une seule nuit, plusieurs personnages gravitent autour de Mari et de Takahashi : Kaoru, la gardienne de nuit du love hôtel l’Alphaville, la femme de ménage de ce même Alphaville, une prostituée chinoise victime d’un passage à tabac, un salaryman souffrant d’insomnies qui a battu la prostituée en question et un homme mystère dont on ne connaît ni l’identité ni le visage.
Tandis que les chapitres concernant Eri sont courts, d’un style épuré, faits de phrases brèves, ceux qui décrivent les rencontres que fait Mari sont assez longs et majoritairement basés sur du dialogue. C’est à travers les discussions des personnages que le lecteur obtient des informations sur eux. On a très peu accès à leurs pensées, à ce qui se déroule dans leur esprit, et quand cela arrive, le point de vue relatant leurs réflexions intérieures semble en réalité extérieur, à distance, tout en suppositions.

     Le passage de la nuit ressemble à un exercice de style. Haruki s’essaye à différentes façons d’écrire son roman. Le style haché, comme « découpé à la machette », et la contrainte temporelle, une seule nuit, le prouvent. Pourtant, l’expérimentation littéraire n’est pas dénuée de significations.
On peut envisager le livre comme le portrait d’une jeune femme à un tournant de sa vie.
On peut aussi le voir comme un éloge des rencontres : comment rompre sa solitude par la discussion et la solidarité envers autrui vous améliore, vous transforme.
Mais il semble clair par ailleurs qu’on peut le lire comme un roman sur l’enfermement : l’histoire se déroule toujours dans des endroits fermés (le café, la chambre d’où l’on ne peut pas sortir, le bureau sombre, la pièce dissimulée du love hôtel ou la cave de répétition en sous-sol) et elle s’avère close par l’unité de temps, une nuit, une seule. « Tu ne nous échappera pas », cette phrase qu’entend un des personnages (même si ce dernier l’analyse d’une autre façon dans le récit) en est un symbole. Ce serait l’enfermement dans lequel vit chaque individu. Nous sommes tous enfermés, soit maintenant, soit pour toujours, semble nous dire Haruki. Comme Eri qui est calfeutrée dans son sommeil pour échapper à sa réalité, comme Koorogi qui fuit sans cesse des « on », des « ils » dont il ne sait rien, ou sans doute comme le lecteur qui est obligé de suivre le narrateur, sans possibilité pour lui de changer de point de vue.
Nous sommes à la fin au petit matin, dans une conclusion ouverte. Le parcours nocturne de tous les personnages est resté inachevé. Nous n’en saurons pas plus, sinon que le passage de cette nuit dehors a convaincu Mari de se rapprocher de sa sœur. C’est donc une renaissance certaine pour Mari et c’est certainement la fin de la crise ensommeillée d’Eri.

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