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« Les lectures des otages »

OGAWA Yôko
« Les lectures des otages » de OGAWA Yôko

« Les lectures des otages » de OGAWA Yôko

Mon avis : ★★★★★★★☆☆☆ 

Sept participants à un voyage organisé par l’agence de tourisme W se retrouvent kidnappés par une guérilla antigouvernementale alors qu’ils revenaient en ville après une simple visite de ruines. Après plus de cent jours de tractations stériles, le gouvernement décide d’envoyer les troupes spéciales de l’armée et de la police afin de libérer les otages, mais l’intervention armée tourne mal et tous les otages meurent lors d’une explosion déclenchée par leurs geôliers.

Après deux années, un étrange enregistrement fut rendu public. Cet enregistrement contenait la voix des huit otages racontant ce qu’ils avaient écrit durant leur détention comme si, par ces récits, ils voulaient clamer leur situation de vivants et d’êtres humains libres face à leurs geôliers. Tous ces récits furent diffusés à la radio durant une semaine et retranscrits par les bons soins de l’écrivaine japonaise OGAWA Yôko.

OGAWA nous livre donc ici huit récits de la vie quotidienne de ces personnages qui jusqu’alors avaient vécu d’une façon tout à fait banale et que rien d’extraordinaire n’avait réellement marqués. C’est justement cette banalité, que tout le monde connait et que plus personne ne voit ni n’apprécie, que l’auteure veut nous faire voir sous un angle tout à fait différent et enchantant.
On y rencontre une jeune femme qui suit sans trop savoir pourquoi un jeune homme lanceur de javelot qui se voit bien ennuyé de transporter son immense bagage dans un métro surchargé de voyageurs ; on y fait la connaissance d’une voisine spécialiste du consommé qui, petit à petit, s’installe dans une famille pour pouvoir nourrir sa mère malade et nécessitant une surveillance alimentaire très précise. Ou encore ce jeune homme qui déambule au beau milieu des rues accaparé d’un immense bouquet de fleurs qu’il vient de recevoir et dont il aimerait se débarrasser le plus dignement possible.

On retrouve dans tous ces récits beaucoup de tendresse et de fraîcheur, même si l’on garde à l’esprit le contexte dans lequel ils ont été racontés. Le lecteur garde toujours à l’esprit que tous ces gens furent assassinés pour des raisons terroristes alors qu’ils ne demandaient qu’à voyager tranquillement dans un pays qu’ils découvrirent dans le catalogue d’une simple agence de voyages. La séquestration et la mort des otages sont principalement là pour mettre en exergue la validité de la vie humaine. OGAWA, par un subtil détail (quelques écrits retrouvés sur des bouts de bois parsemés dans la grange où la séquestration a eu lieu) nous montre que le récit, quel qu’il soit (écrit, oral, visuel,…) finira toujours par subsister et ne craint pas, ou peu, l’anéantissement. La culture est le garant de la vie et la barbarie humaine ne pourra jamais en venir à bout. Tout ce qui se passe, s’il est écrit ou raconté d’une manière ou d’une autre, a de grandes chances de ne jamais disparaître complètement.

En ce qui concerne le style de « Les lectures des otages », on pourrait le nommer « roman-nouvelles ». Enlevez le prologue et l’épilogue, et vous obtenez un recueil de nouvelles conventionnel. En les considérant comme telles, OGAWA est égale à elle-même : un style délicat, tendre, une facilité feinte d’écriture, une sensibilité féminine actuellement des plus fortes, une poétisation du quotidien, et un humour très délicat que l’on retrouve peut-être un peu moins dans ses œuvres précédentes.

La structure est donc la suivante : Prologue – 8 nouvelles – Épilogue. Si le lecteur accepte ce simple procédé, il n’aura aucune difficulté à apprécier ce livre. Par contre, s’il considère que ce procédé est un artifice littéraire sujet à caution, il appréciera nettement moins la beauté de ces courts récits. Il est quelque peu dommage d’abandonner ces 8 nouvelles orphelines au beau milieu d’une situation dramatique et stressante. Quelques rappels de la situation par un quelconque procédé narratif auraient sans doute homogénéisé l’ensemble et auraient pu donner une dimension plus sensible aux nouvelles. Ceci dit, la prose d’OGAWA se suffit à elle-même, sa sensibilité coutumière est toujours bien présente et le lecteur se délectera de ces quelques photographies littéraires de la vie quotidienne.

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