• S'inscrire
    Place the shortcode from 'Easy MailChimp Forms' plugin at the
    'Theme Option > General > Overall Elements > Top Bar' section
  • S'identifier

« L’Incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage »

MURAKAMI Haruki
« L’Incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage » de MURAKAMI Haruki

« L’Incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage » de MURAKAMI Haruki

Mon avis : ★★★★★★★☆☆☆ 

« Depuis le mois de juillet de sa deuxième année d’université jusqu’au mois de janvier de l’année suivante, Tsukuru Tazaki vécut en pensant presque exclusivement à la mort. » Une phrase, et le socle de « L’Incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage » est solidement et habilement posé.

Tsukuru Tazaki faisait partie, durant ses années de collège, d’un groupe d’amis inséparables. Malgré quelques différences de caractère, on peut dire que les cinq amis avaient énormément de points communs, ce qui les rendait en quelque sorte dépendants les uns des autres. Si l’on cherchait la petite bête, on aurait pu dire que Tsukuru Tazaki se distinguait légèrement sur un point : son patronyme ne comportait pas de couleur. En effet, les deux garçons s’appelaient Akamatsu (Pin rouge), Ômi (Mer bleue), et les deux filles, Kurono (Champ noir) et Shirane (Racine blanche). Mais le nom « Tazaki » n’avait absolument aucun rapport avec une couleur.

Durant les vacances d’été de sa deuxième année d’université, un événement plus qu’inattendu vint changer les fondements de la vie de Tsukuru Tazaki. Sans aucune raison apparente, et cela du jour au lendemain, les quatre amis de Tsukuru décidèrent d’un commun accord de ne plus jamais lui adresser la parole et de ne plus avoir aucun contact, quel qu’il fût, avec lui. Tazaki tenta à plusieurs reprises d’en comprendre la ou les raisons, mais il comprit rapidement que c’était peine perdue et pour lui, commença une longue période d’isolement et de désespérance. C’est à cette époque qu’il quitta sa ville natale de Nagoya pour la mégalopole Tôkyô.

À son arrivée à Tôkyô, il s’installa dans un appartement composé d’une simple salle de séjour et d’une chambre à coucher. Cet appartement, il ne le quitta plus, même lorsqu’il fut diplômé et engagé dans une société de chemin de fer dont le siège se trouvait à Shinjuku. Cette vie bien rangée et sans accrocs, il la continua durant plusieurs années. Durant cette période, il garda au fond de lui le souvenir de ses amis et de cette inexplicable séparation, tout en essayant de ne pas s’obstiner à regarder les ombres du passé.

Quelques années plus tard, Tsukuru Tazaki finit par rencontrer les deux personnes qui allaient le reconduire sur la route de ses souvenirs. À savoir Kimoto Sara, jeune femme de deux ans son aînée, et Fumiaki Haida, jeune étudiant universitaire discret à la beauté proche de l’idéal grec antique. Chacun à sa façon va persuader Tsukuru de retourner à Nagoya afin de lever le voile sur ce qui fut pour lui une espèce de frein à son développement personnel. Mais la quête du soi peut s’avérer dans certaines circonstances un piège sablonneux duquel il est très malaisé de s’extirper.

Dans ce neuvième roman (traduit en français), MURAKAMI s’est mis en tête de nous décrire ce que l’on pourrait appeler le trouble dissociatif de l’identité d’un jeune Japonais apparemment banal et qui se rend compte un beau jour qu’il pourrait être un autre que ce qu’il croit être, ou plutôt, être ce qu’il est, tout en développant occasionnellement une personnalité tout à fait différente de sa personnalité dominante. À la base du roman, il y a un secret, un secret que Tsukuru Tazaki n’ose pas découvrir, un secret qui permettra à l’auteur de faire voyager son héros de Tôkyô à Nagoya tout en passant par la Finlande. Ces différents voyages durant lesquels on retrouvera les amis d’enfance de Tsukuru, tels qu’ils ont été et tels qu’ils sont devenus.

L’auteur s’est mis en danger dans ce roman en éliminant toute forme d’onirisme. Cet onirisme qui lui a très souvent permis de faire ce que bon lui semblait. Ici, les choses sont beaucoup plus ancrées dans le réel, et c’est là que le bât blesse. Ce secret qu’il cajole et lustre durant tout le récit n’est sans doute pas assez solide que pour pouvoir rivaliser avec les songes authentiques dont se sert habituellement MURAKAMI. D’une idée de nouvelle, il en fit un roman et certes le format de nouvelle aurait été plus judicieux pour porter cette « idée » de secret insuffisant à l’élaboration d’un roman.

Heureusement pour le lecteur, l’écrivain a un réel et incomparable talent de conteur. Tout, sous la plume de MURAKAMI, se revêt d’une dimension jouissive et apaisante, d’une sorte de beauté narrative fluide, minimaliste et rafraîchissante. Outre le fait que ce secret reste et restera secondaire, les rencontres que Tsukuru Tazaki fait durant son pèlerinage sont toujours créatrices de tendres et espiègles dialogues entre les protagonistes. Ces dialogues que l’auteur maîtrise à merveille et qui très souvent sauvent des récits oscillants sur la corde raide de nos imaginations réciproques.

Un roman en demi-teinte, donc, de cet écrivain au succès planétaire, mais un roman qui ne perturbera en rien la crédibilité du reste de son œuvre.

L’Incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage sur Amazon.fr

Et vous, quel est votre vote ?
[Total : 5    Moyenne : 4/5]

Laisser une réponse