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« Love & Pop »

MURAKAMI Ryu
« Love & Pop » de MURAKAMI Ryu

« Love & Pop » de MURAKAMI Ryu

Mon avis : ★★★★★☆☆☆☆☆ 

 Fascination et interrogations occidentales pour ce phénomène étrange qu’est la prostitution des lycéennes japonaises. Et on peut dire que MURAKAMI Ryu est lui aussi fasciné par ce phénomène nippon ; ce n’est pas vraiment la première fois qu’il nous en parle et sans doute pas la dernière. Ce phénomène intrigue et inquiète de plus en plus l’Occident pour la bonne et simple raison qu’il arrive tranquillement mais sûrement dans nos contrées. Cette forme de prostitution n’est pas forcément la pure et dure que nous connaissons ici, mais elle a deux facettes : une plus soft où les jeunes lycéennes se font payer pour accompagner un homme plus âgé dans un karaoké ou pour un simple dîner au restaurant ; et l’autre où les jeunes filles vont jusqu’au bout (comme le disent les jeunes héroïnes de MURAKAMI) et qui est de la prostitution à l’état pure.

Il faut savoir qu’au Japon la possession du dernier sac Hermès ou de la dernière eau de toilette Shiseido est pour les jeunes femmes quelque chose de presque vital. Les Japonais ont une étrange fascination pour la nouveauté et le prestige, et malheureusement certaines jeunes filles le paient de leur intimité. Ce phénomène n’est pas rare et réservé à une catégorie de personnes mais touche toutes les couches de la société japonaise.

MURAKAMI nous montre dans son roman la banalité écœurante de ce phénomène d’une manière très personnelle et intelligente. Il nous lance véritablement à la figure une longue liste de marques et de produits, accompagnée de leurs prix exorbitants, ce qui nous met directement dans une situation d’inconfort comme si nous avions du regarder une centaine de spots publicitaires à la volée en ne pouvant fermer les yeux. Sorte de torture pour la plupart et pourtant une réelle jouissance chez d’autres. De même, sur quelques pages, il nous fait part de quelques messages téléphoniques postés par des étudiantes afin de rencontrer un homme pour passer la soirée contre rémunération, messages complètement ridicules pour une activité qu’ elles considèrent tout aussi ridicule mais lucrative. D’emblée de jeux, MURAKAMI nous montre un phénomène à la fois dangereux, ridicule et très répandu. Les filles, elles, ont l’air de trouver ça tout à fait normal et n’hésite pas à en parler entre elles et même à les organiser ensembles.

YOSHII Hiromi, jeune fille de 16 ans, désire plus que tout une superbe bague ornée d’une topaze, et le seul moyen qu’elle trouve pour se l’acheter est de se mettre à cette activité de « rendez-vous arrangés ». Elle se doute qu’il doit y avoir certains risques mais l’envie de possession est plus forte et rien ne pourra l’arrêter. Après avoir fait un essai avec ses copines (le risque semble moins important si on est plusieurs), Hiromi tente le coup en solo, mais c’est sans surprise que ses premiers essais se termineront lamentablement et bien sûr d’une manière assez glauque connaissant l’écrivain qu’est MURAKAMI Ryu.

Ce qu’il y a d’assez étrange pour ceux qui connaissent l’auteur, c’est que ce livre est étonnamment moralisateur. Le message est très clair, MURAKAMI veut simplement mettre en garde les jeunes filles en leur disant que cette activité qui leur semble anodine et acceptée peut s’avérer très dangereuse autant pour le psychisme que pour le physique. Morale tellement basique et évidente qu’on peut se demander où se trouve l’intérêt de ce livre, d’autant que la jeune Hiromi n’est absolument pas attachante (tant elle est déconnectée du monde) et c’est tout juste si on s’inquiète de son sort. MURAKAMI a fait son enquête sur cette prostitution et a rencontré quelques unes de ces jeunes filles, alors a-t-il peut-être été ému par ce phénomène et a-t-il voulu faire quelque chose (même maladroitement) pour tenter de mettre en garde ces jeunes filles téméraires et aveugles ?

Ce livre fut publié au Japon en 1996, alors pourquoi le traduire et le publier en 2009 ? Sans doute pour des raisons purement commerciales de la part de l’éditeur Philippe Picquier (le sujet est effectivement accrocheur vu que ce genre de prostitution commence à se développer en Occident) mais certainement pas pour mettre en évidence les capacités littéraires de l’écrivain dérangeant qu’est MURAKAMI Ryu. Voilà sans doute pourquoi « Piercing » n’a jamais été traduit en français, le sujet n’étant pas assez racoleur…
Love & pop sur Amazon.fr

Et vous, quel est votre vote ?
[Total : 5    Moyenne : 6.6/5]

5 Réponses

  1. Kuroneko

    Bonjour,

    En achetant ce livre, j’ai un peu eu la sensation de m’être fait avoir. Murakami Ryû semble en effet plutôt survoler son sujet. Et l’écriture et l’intrigue laissent un goût d’inachevé. Dommage car le sujet permettait un traitement plus en profondeur.
    En revanche, les successions de messages laissés par téléphone permettent d’appréhender l’ampleur et la banalisation de l’enjô kosai au Japon. Et tout ça pour s’offrir des produits de luxe et rentrer dans un carcan social orné de grandes marques. Affligeant.
    Donc en résumé pour ce roman, bon sujet mais mauvais traitement.
    Ce n’est pas celui que je conseillerais pour découvrir cet auteur autrement plus riche!

    Merci pour la qualité continue de votre blog. Bonne continuation!

    1. Merci à vous pour votre complément d’avis très juste au sujet de ce livre.
      Il est vrai que MURAKAMI Ryû est assez inégal dans ses œuvres. J’ai parfois l’impression qu’il est tellement révolté qu’il se laisse emporté et part dans tous les sens.
      Personnellement, je conseillerais l’inévitable « Les bébés de la consigne automatique » et le très beau « Kyoko » pour débuter et se faire une idée du talent très diversifié de l’auteur.

      A bientôt

  2. Toluene & Datura

    Désolé d’empêcher de tourner en rond et d’arriver avec 4 ans de retard sur ce billet. Je viens d’achever la lecture de Love & Pop et n’étant pas entièrement satisfait du traitement que vous lui avez offert, j’apporte mon grain de sable.

    Ainsi, je n’y ai pas trouvé le moindre ton moralisateur. J’ai même trouvé une certaine tendresse assez inattendue de l’auteur envers les lycéennes dépeintes dans le roman. Le dénouement donne des pistes intéressantes pour comprendre leurs motivations et j’ai trouvé cet éclairage plus satisfaisant que les classiques et paresseux ‘les jeunes japonaises aiment les marques et feraient tout pour acquérir des produits de luxe’ qui m’avaient toujours chiffonnés.

    Le traitement est particulièrement sérieux, l’auteur s’étant visiblement bien renseigné avant de s’attaquer au sujet. Ainsi de nombreux détails émaillent le récit et lui donnent une réalité saisissante. Sous cet aspect Love & Pop m’est apparu plus dérangeant que certains récits plus violents (racoleurs?) de Murakami Ryu.

    En tout cas sur le sujet, je pense que c’est un incontournable. Parfait pour accompagner un petit Bounce Ko-Gals avant d’aller au Telephone Club pour finir la soirée.

    Toluene & Datura.

    1. Je partage votre avis, les analyses qui font de Murakami Ryu un moraliste me semblent toujours à côté de la plaque … alors même qu’en interview, lui-même avoue avoir ce but en tête. Mais, d’après ce que j’ai pu lire et voir de lui, il critique non pas tellement les actions de la jeunesse actuelle que leurs « causes », les actions ou l’absence de réaction de la génération de l’auteur – donc des parents de ces adolescents. Peut-être que ça explique ce sentiment étrange qu’on peut avoir à l’égard de ce narrateur plus complice que critique à l’égard de ses personnages.
      P.S : Faites attention avec la Datura.

  3. Ambra

    J’ai lu avec interet votre billet et je vous en remercie. Je viens de finir ce roman, le premier livre de cet auteur que je lis et en effet je me rends compte, comme vous le dites si bien, que ce n’est pas par celui-ci que j’aurais du commencer. Les listes qu’il fait des produits dans les parfumeries, des titres de films, etc. etc, des pages et des pages, sont trop longues et coupent inutilement la narration. Cependant je trouve que la facon dont il rend les pensées de la jeune fille, personnage principal du roman, est intéressante, et moi personnellement j’ai tremblé pour elle quand elle est tombée sur un client bizarre. J’étais bien soulagée de la savoir saine et sauve à la fin du livre.

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