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« Manuscrit zéro »

OGAWA Yôko
« Manuscrit zéro » de OGAWA Yôko

« Manuscrit zéro » de OGAWA Yôko

Mon avis : ★★★★★★★★☆☆ 

De toute l’œuvre d’OGAWA, ce « Manuscrit zéro » est sans aucun doute la plus originale et la plus imaginative. Le livre se situe entre le roman autobiographique et l’élaboration quotidienne d’un roman qu’elle est en train d’écrire. Le livre est un carnet de bord dans lequel se mêlent la fiction et le réel, ce réel si subjectif qu’elle semble ne pouvoir l’appréhender que par l’imaginaire.

Dans ses toutes premières notes, elle nous explique qu’après avoir terminé ses recherches à l’Institut de recherches sur les rayons cosmiques, elle se rend aux sources thermales F. afin de s’y reposer. Tout est plausible, le lecteur la suit dans une auberge tenue par une jeune femme qui lui vante la délicatesse et l’originalité de plats entièrement constitués de mousses diverses qu’elle récolte elle-même dans les bois environnants et qu’elle pourra aller déguster dans un restaurant tout proche. Et c’est ce qu’elle décide de faire sur le champ. Elle s’y rend donc avant que la nuit ne tombe, et quelle n’est pas sa surprise de découvrir que la tenancière n’est autre que la même jeune femme qu’elle vient de rencontrer, mais beaucoup plus âgée. Le ton du livre est donné, la vie de l’écrivaine et la fiction qui découle de son imaginaire ne forment plus qu’une seule cellule, là où l’on pensait pouvoir se reposer sur une réalité bien ferme et quotidienne, on se retrouve directement projeté dans un monde que l’on pensait tangible, mais qui s’avère être irrémédiablement flouté par la plume de l’auteure.

La suite de ce journal pas comme les autres sera constituée de petites anecdotes à chaque fois à la limite du fantasme et de la réalité. OGAWA se retrouve en face d’un journaliste qui lui demande de décrire sa maison d’enfance, chose qu’elle n’arrive absolument pas à faire avec des mots, mais qu’elle tentera dans un ultime effort de concrétiser en lui dessinant un plan qui ne fera que conforter le lecteur dans l’idée qu’il a de l’auteure japonaise, à savoir qu’elle ne pourra jamais se résoudre à exprimer quoi que ce soit d’une façon cartésienne. Le plan qu’elle tente de créer est beaucoup trop ancré dans la réalité pour qu’il puisse lui suffire à décrire les à-côtés de son enfance.

Et c’est réellement dans cette histoire que l’on comprend la raison d’être du livre. Vouloir expliquer dans un roman la vie en la décrivant telle qu’elle est, est au-dessus des forces de la créatrice-narratrice. La maison de son enfance ne peut pas se réduire juste à une description, aussi précise fût-elle. Il y a tous les à-côtés, tous les non-dits, tous les souvenirs oubliés qui ressurgissent sans crier gare et qui font qu’une chose, une situation ne peuvent être décrites sous un seul et unique angle.

OGAWA nous fait une leçon d’écriture sans nous en faire une. Elle a choisi de nous expliquer comment elle voyait la création littéraire tout en créant une fiction, ce qui est bien évidemment la façon la plus agréable de faire les choses. Le livre peut donc se lire de plusieurs manières : une confession littéraire, un recueil de nouvelles, un rapprochement entre le lecteur et l’auteure, un roman sensible et très féminin, un journal pudique, à chacun sa lecture préférée.

Toutefois, ce livre étrange peut déconcerter le lecteur qui ne connaîtrait pas encore Yôko OGAWA et son univers. Lors de la lecture, on s’aperçoit qu’elle utilise très souvent le mot « disparition » et ses variantes. Mot qui servit de base à son roman précédent « Cristallisation secrète » qu’il est également préférable de lire auparavant afin de comprendre toutes les nuances et les subtilités de ce journal très particulier.

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