• Subscribe
    Place the shortcode from 'Easy MailChimp Forms' plugin at the
    'Theme Option > General > Overall Elements > Top Bar' section
  • Login

« Mitsuba »

Aki SHIMAZAKI
« Mitsuba » de SHIMAZAKI Aki

« Mitsuba » de SHIMAZAKI Aki

C’est un court roman écrit en langue française dont le style pourrait être qualifier d’élégant. Élégant car retenu par une douce clarté et une frêle pudeur. Élégant car aucun accroc ne survient pendant la lecture.

Le narrateur, Takashi Aoki, vient de rentrer de Singapour où il était en mission pour la société d’import-export Goshima dans laquelle il est salarié. Il a 30 ans, est célibataire et tout le monde le presse à trouver une femme, autant sa famille que ses collègues. Mais lui refuse toujours le Miai, le mariage arrangé. Il n’en a d’ailleurs pas besoin car il tombe amoureux de Yuko, la nouvelle réceptionniste qui vient d’être embauchée au siège de son entreprise. Ils se connaissaient déjà puisqu’ils ont tous deux suivi les mêmes cours de français à Kanda. Elle-même a pour lui des sentiments amoureux, ils sortent donc ensemble et finissent par vouloir se fiancer. Seulement quand le fils de la banque Sumida (la maison-mère de Goshima) demande la main de Yuko, les choses se compliquent.

C’est un roman très intéressant pour qui est curieux du Japon. J’y ai reconnu certains des stéréotypes que ce pays draine avec lui, stéréotypes qui se basent comme toujours sur la réalité (même si le Japon, comme tout pays, est infiniment plus complexe que les idées reçues qui s’y rattachent). On y retrouve cette idée que la société, à travers la famille et l’entreprise, est au-dessus des individus et de leur liberté. Le poids des secrets, des arrangements, de la hiérarchie, des normes à respecter est montré ici comme une lourde charge pesant sur la vie des personnages. Takashi aime son travail, il est dans la même entreprise que son père, il ressent même une certaine fierté à en faire partie (il exhibe son badge dans la rue), seulement il se doit d’obéir aux ordres et ne pas compter ses heures. Quand on l’avise de sa mutation pour Paris, il est heureux mais sait que son départ pourrait compromettre sa vie sentimentale. On fait d’ailleurs allusion à un moment à la période d’après-guerre quand les employés se sacrifiaient pour leur entreprise comme les Japonais le faisaient avant 1945 pour leur patrie. Du temps de l’impérialisme, les hommes se battaient pour l’empire et après la défaite c’est au sein de leur entreprise qu’ils ont continué à se battre, cette fois pour le renouveau économique du pays. Deux personnages illustrent très bien la manière dont les codes de la machine professionnelle peuvent briser des vies individuelles : le père de Takashi qui est mort jeune d’avoir tout donné à sa société et son collègue Nobu qui souhaite simplement profiter de sa vie de famille sans s’épuiser dans son travail. Au Japon, il semblerait que boire des verres entre collègues le soir soit presque une obligation puisque ce dernier est poussé à la démission après avoir trop de fois refusé ce genre de propositions.

On y retrouve également cette autre idée qu’il est impératif au Japon de se marier quand on a atteint un certain âge, pour une femme comme pour un homme ; Si ce n’est pas en voie de se faire, il faut donc arranger des rencontres qui conviennent aux deux familles.

Ces lois, décrites ici comme implacables, transforment le récit de cette rencontre sentimentale en une sorte de thriller amoureux. Elles donnent un tour psychodramatique au roman. Elles offrent au lecteur un réel suspense. L’envie que Takashi et Yuko parviennent à finir ensemble malgré toutes les barrières codifiées qui les empêchent d’envisager sereinement cet avenir commun est ce harpon narratif qui ferre jusqu’au bout notre attention.

Les rendez-vous au café Mitsuba entre les deux amoureux sont évidemment les passages les plus plaisants du roman. Leur caractère secret, détendu et libre rompt avec les stratégies et le machiavélisme qui foisonnent dans l’univers de la vie active. Le moment où le jeune homme monte dans un shinkansen (les trains à grande vitesse) afin de rattraper par surprise Yuko est sublime d’audace et de douce folie amoureuse. Leur week-end non prévu à Kobe est très agréable à lire car toute leur authenticité peut enfin s’exprimer. Ce n’est pourtant pas dans le fol amour car ils sont très vite dans le souci d’offrir un cadre à leur couple (pour un lecteur romantique et européen, ça peut être assez déroutant).
On retrouve enfin un aspect mystérieux, mystique dans ce roman assez réaliste. Un voyant fait une prédiction à Takashi qui aura bel et bien lieu. Cela confère une certaine poésie divinatoire à ce livre limpide, presque dépouillé.

Mitsuba sur Amazon.fr

Et vous, quel est votre vote ?
[Total : 2    Moyenne : 2.5/5]

Leave a Reply