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« Mourir pour la patrie »

YOSHIMURA Akira

« Mourir pour la patrie » de YOSHIMURA Akira

Mon avis : ★★★★★★★★☆☆ 

L’archipel Kerama se compose des îles de Tokashiki, Aka, Zamami et Geruma. Il est situé à une trentaine de kilomètres au sud de Naha (capitale et principale ville de la préfecture d’Okinawa au sud-ouest du Japon). C’est la fin mars 1945 et tous les habitants de l’archipel attendent la venue de l’ennemi de pied ferme. Ils savent pertinemment bien que l’armée américaine est à leur porte et que ce n’est plus qu’une question de jours avant de les voir débarquer et mettre à feu et à sang leur archipel.

Les habitants savent que ce combat sera leur dernier et que tout le monde se doit d’y participer. De fait, même les plus jeunes d’entre eux sont enrôlés à la dernière minute afin de mettre toutes les chances de leur côté. Parmi eux se trouve le jeune HIGA Shinichi, élève de deuxième classe de l’école secondaire numéro un. Après avoir reçu son diplôme comme tant d’autres de ses camarades, Shinichi devient donc membre des unités Fer et Sang pour l’Empereur et se considère dès lors prêt à combattre et à donner sa vie pour la patrie sans aucune sorte de contrepartie. Le jeune garçon sera désormais sous les ordres de l’officier en charge de l’école, le lieutenant KANBARA Kôji. Mais très vite, Shinichi se retrouve affecté au service d’infirmerie, ce qu’il n’avait absolument pas prévu. Son rôle est de transporter les blessés à l’hôpital souterrain de l’armée de terre, qui se trouve à Haebaru. Malgré sa déception – le but de Shinichi n’étant pas de sauver ses compatriotes, mais plutôt de combattre et mourir pour sa patrie –, le jeune adolescent se lance corps et âme dans sa mission en attendant de pouvoir se sacrifier sur ce qu’il considère comme le véritable champ de bataille. Mais l’attente se fait de plus en plus longue et oppressante et le jeune homme tentera vaille que vaille de se séparer de son groupe afin de rejoindre ceux qu’il considère comme les vrais et justes héros.

Le titre du livre « Mourir pour la patrie » résume à lui seul tout ce que YOSHIMURA a voulu exprimer dans ce livre. En japonais, il existe le terme « Junkoku » (ou pour les plus érudits 殉国) qui pourrait se traduire par « martyr pour son pays ». La personnalité de HIGA Shinichi est pour YOSHIMURA une personnalité totalement hermétique et unilatérale. Il est assez effrayant de retrouver chez un jeune adolescent une telle volonté de mourir pour son pays. À aucun moment, on ne sent le jeune soldat réellement passionné, ni par son pays, ni par sa population. Toute son histoire semble construite sur cette fameuse expression « Mourir pour La Patrie » et non pas « Mourir pour sauver son pays et ses habitants ». Son seul et unique but est de devenir une bombe humaine capable de détruire l’ennemi qu’il semble ne pas vouloir connaître. Il a une admiration sans bornes pour ces combattants qui portent des explosifs autour de leur taille et qui sont prêts à se faire exploser à tout moment pour faire le plus de victimes ennemies en une fois. La motivation du jeune Shinichi ressemble plus à une volonté de se suicider et ainsi de devenir martyr qu’à un acte de bravoure dédié à sa patrie et c’est ce qui met le plus mal à l’aise le lecteur.

En ce qui concerne la plume de YOSHIMURA, ce livre est à nouveau un petit miracle qui pourrait passer inaperçu tant l’auteur reste au service de son récit. Le lecteur devient vite l’esclave de la dextérité linguistique et stylistique de l’auteur. Lorsque Shinichi se retrouve seul dans des plaines à la recherche de ces kamikazes qu’il considère comme des dieux vivants, le lecteur ressent nettement le vide et la peur qu’un combattant peut éprouver alors qu’il se sent isolé et perdu, il y a une sorte de vertige de l’isolement mêlé à de l’inquiétude que le lecteur ne peut ignorer. Tout comme Shinichi, le lecteur aperçoit, sous une nuit éclairée par des rafales de mitraillettes et des fusées éclairantes, les navires ennemis s’approcher inexorablement vers le rivage et prêts à déverser son lot de soldats américains décidés à mettre fin à la résistance japonaise. Les tranchées que le jeune soldat se doit d’arpenter afin de venir en aide aux nombreux blessés forment de véritables labyrinthes oppressants dans lesquels la peur vous écrase tant physiquement que moralement.

La littérature est parfois capable de surpasser ce que le cinéma est apte à vous faire ressentir. YOSHIMURA, quant à lui, est capable de mêler les deux genres et de tirer parti de ces deux arts en une seule forme littéraire, celle qu’il a exercée durant de nombreuses années au service de grandes idées, de grands sentiments – parfois tabous –  pour finir par produire une œuvre cohérente malgré la disparité de ses thèmes.

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