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La Littérature Japonaise
Nipponia nippon de ABE Kazushige

« Nipponia nippon » de ABE Kazushige

Mon avis

 

Le Nipponia nippon (communément appelé l’ibis japonais) est un oiseau splendide, mais malheureusement en voie d’extinction. Il ne reste plus que trois représentants de cette espèce. Ceux-ci sont ultra-protégés et hébergés dans un Centre de sauvegarde sur l’île de Sadô à 45 kilomètres au large de Niigata, dans la mer du Japon.

Tôya Haruo, jeune homme désœuvré, se met à éprouver une sympathie énorme et inexpliquée pour ces oiseaux dont l’extinction semble de plus en plus inévitable. En tout cas, c’est ce qu’il retire de ses longues nuits blanches passées sur le net. Il croit comprendre que l’engouement que porte l’État japonais pour ces oiseaux n’est pas vraiment dû à une réelle préoccupation écologiste, mais plutôt à un nationalisme exacerbé qu’il ne peut absolument plus supporter chez ses compatriotes. Il se décide donc, afin de contrecarrer cette action gouvernementale qu’il juge mesquine et intéressée, à échafauder un plan pour, soit libérer ces oiseaux, soit se les approprier et les élever lui-même. S’il se rend compte que ces deux solutions ne sont pas réalisables, il est même prêt à les exécuter. Mieux vaut leur mort que leur survie pour des raisons qu’il juge égocentriques, nationalistes et nauséabondes.

C’est donc à 10 h 12 que Tôya Haruo embarque dans le Shinkansen Max Asahi 313 de Tokyo, à destination de Niigata, armé d’une matraque paralysante, d’une bombe lacrymogène, de deux paires de menottes et d’un couteau de survie. Après plusieurs mois de doutes, de préparation et de colère auto-alimentée, plus rien ne pourra l’empêcher dans son entreprise, pas même un semblant de conscience retrouvée.

ABE Kazushige traite dans ce court roman, publié au Japon en 2004, des racines et des origines d’un certain nationalisme japonais d’une façon tout à fait ingénieuse. Tout comme Ôé Kenzaburô dans « Seventeen », ABE Kazushige préfère comprendre le nationalisme non pas du point de vue de la société elle-même, mais plutôt de l’individu et de son vécu psychologique, sexuel et mental.

On apprendra que durant ses années de collège, période ô combien sensible dans le développement personnel de l’individu, Tôya Haruo aura eu une « relation intime » avec une dénommée Motoki Sakura, ou plutôt, une relation unidirectionnelle, malsaine et dévastatrice pour les deux adolescents. Tout comme pour les ibis japonais, Tôya Haruo prend pour sienne la « cause » Motoki Sakura. Il veut la défendre et la mettre à l’abri d’une violence présumée subite au collège et au sein de sa famille. Pour Tôya Haruo, il est le seul à pouvoir la rendre heureuse et épanouie, et, comme pour les ibis, il est prêt à tout pour arriver à ses fins.

Écriture magnifique et sans artifice, étude psychologique de l’adolescence pointue et intelligente, approche originale et méticuleuse des origines du mal, tout cela, on le retrouve dans ce court roman d’un écrivain contemporain majeur de la littérature japonaise de ce début de 21e siècle. Ôé Kenzaburô (Prix Nobel de littérature en 1994) aurait-il trouvé son digne successeur en la personne d’ABE Kazushige ? Après Sin Semillas et Nipponia Nippon, on peut en tout cas y croire et l’espérer.

Nipponia nippon (Broché)


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2 Réponses

  1. Je ne serais pas tentée par un roman seulement « écologique, sauvons les animaux ». Mais je comprends que ce n’est ici qu’un prétexte et ce que vous dites sur cette relation adolescente me tente. Je le note. Merci.

    1. Pierre C.

      Pour Tôya Haruo (le personnage principal), l’écologie n’est qu’un prétexte. Le gouvernement japonais n’a qu’une seule idée en tête : protéger par tous les moyens ce qui est japonais, l’animal en lui-même n’a aucune importance.

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