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« Tsubame »

SHIMAZAKI Aki
« Tsubame » de SHIMAZAKI Aki

« Tsubame » de SHIMAZAKI Aki

Mon avis : ★★★★★★★★☆☆ 

 Le 1er septembre 1923, le Japon connut sa plus grande catastrophe sismique. La plaine du Kanto fut complètement dévastée par un tremblement de terre d’une magnitude de 7,9 sur l’échelle de Richter et les rapports de l’époque ont fait état de plus de 140 000 morts et presque 600 000 habitations détruites.

Mais ce tremblement de terre ne fut pas pour le Japon qu’une catastrophe matérielle et humaine mais elle fut également morale et historique. En effet certains Japonais en ont profité pour « s’occuper » des Coréens résidant au Japon en les accusant de tous les maux dont ceux d’empoisonner les rivières et de mettre le feu un peu partout. Certaines milices japonaises, prises de folie furieuse, se sont mises à la recherche de tous les Coréens pour, soit les battre, soit tout bonnement et simplement les exécuter sans aucune forme de procès. Si un asiatique ne pouvait prononcer correctement le Japonais, il rejoignait d’autres personnes déjà interpellées pour être fusillé. Cette crise d’hystérie collective mena même certains Japonais à exécuter nombre de leurs compatriotes qui, venant d’autres régions, avaient un accent qui semblait ne pas leur plaire.

Il existe toujours dans la société japonaise contemporaine une sorte de ressentiment envers ces zaïnichi (résidents étrangers au Japon) et pour les gaijin en général (les étrangers), même si c’est moins aigu pour ces derniers. Sachant qu’il y a environ 900 000 personnes d’origine coréenne qui habitent au Japon, cette animosité pose quelques fois problème.

C’est ce 1er septembre 1923 que la petite Yonhi se voit confiée à un prêtre d’origine occidentale par sa mère coréenne qui, comprenant la situation dramatique dans laquelle les coréens se trouvent, ne voit aucune autre solution pour protéger sa progéniture. Une fois Yonhi en sécurité et s’appelant dorénavant Mariko ( prénom plus japonais), elle se met à la recherche de son frère qui n’a sans doute pas été victime du tremblement de terre mais peut-être de cette haine latente qui n’attendait que cette occasion pour surgir et détruire tout sur son passage.

50 ans après, on retrouve Mariko qui s’est mariée avec un Japonais, qui a eu des enfants avec lui et qui a continué à vivre au Japon ne pouvant pas retourner dans son pays natal qui ne lui offrait à l’époque que très peu de choses enviables. Mais sa vie est alourdie par ce terrible secret que peu de Coréens ose avouer : celui simplement d’être d’origine coréenne. Avec sa parfaite diction japonaise et beaucoup de renoncement, Mariko a réussi à se faire passer pour une Japonaise de pure souche. Mais ce secret est-il trop lourd à porter ?

Ce livre n’est aucunement une attaque personnelle de la part de SHIMAZAKI Aki envers son pays d’origine. On remarquera qu’elle parle de ce problème non pas en attaquant les Japonais personnellement mais plutôt en relatant une ambiance sociétale vague d’après un fait historique. Elle ne décrira jamais le fait bien précis du milicien exécutant des coréens, mais parlera plutôt d’une dérive malheureuse et cruelle, conséquence d’un choc traumatique d’une population complètement dépassée par les événements et remettant la faute à autrui et non au destin.

« Tsubame » aurait également pu sombrer dans le mélo, mais la pudeur de l’auteure japonaise nous offre une certaine distance qui nous empêche de critiquer trop rapidement cet état de fait et de plutôt essayer de comprendre avant de se jeter dans un impitoyable jugement.

« Tsubame » fait partie d’une pentalogie nommée « Le poids des secrets » et en est la troisième partie.

Autre particularité du texte : il a été entièrement écrit en français mais le style dépouillé de SHIMAZAKI et les nombreux mots japonais utilisés ici font de « Tsubame » une œuvre typiquement japonaise.

SHIMAZAKI Aki vit à Montréal depuis 1991.
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