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« Un endroit discret »

MATSUMOTO Seichô
« Un endroit discret » de MATSUMOTO Seichô

« Un endroit discret » de MATSUMOTO Seichô

Mon avis : ★★★★★★★☆☆☆ 

C’est alors qu’il est en mission à Kôbe pour son travail au ministère de l’Agriculture, que TSUNEO Asai apprend que son épouse Eiko vient de mourir d’une crise cardiaque. Sa réaction paraît étrange, il ne quitte pas la réunion à toute vitesse comme n’importe quel mari l’aurait fait, mais reste quelques minutes comme si de rien n’était afin que son départ ne gêne en aucune manière le bon déroulement de la réunion.

Enfin libéré de ses fonctions, il retourne à Tokyo pour tenter d’en savoir plus sur ce décès tout aussi soudain qu’inexplicable. Certes, sa femme avait le cœur fragile, mais elle en était pleinement consciente et savait pertinemment bien qu’elle devait se ménager. Une autre question que TSUNEO se pose concerne l’endroit où Eiko a eu cette attaque. On l’a en effet retrouvée dans le quartier de Yoyogi, endroit où elle n’allait jamais et où aucune de ses connaissances proches ou lointaines n’habite.

TSUNEO décide donc de mener sa propre enquête en se rendant dans la boutique de luxe où Eiko rendit son dernier souffle. En discutant avec la tenancière, il découvre avec stupeur que le quartier est réputé pour son calme, son éloignement, mais surtout pour ses « hôtels » très discrets. TSUNEO n’en revient pas, sa femme aurait-elle eu une liaison extraconjugale et toutes ces réunions de passionnés de haïkus où elle se rendait régulièrement seraient-elles pure invention de sa part afin de s’adonner à des plaisirs illégitimes ?

MATSUMOTO Seichô, l’un des plus grands auteurs de romans policiers japonais, a le don de nous faire visiter du pays. Dans son livre à succès « Tokyo Express », il nous faisait déjà traverser tout le Japon, du nord au sud, d’est en ouest, dans ces trains qui petit à petit deviennent partie intégrante du récit.

Dans « Un endroit discret », c’est à pied que l’auteur nous fait voyager. Et ce n’est plus dans tout le Japon, mais dans un quartier tranquille situé dans l’arrondissement de Shibuya à Tokyo. Mais derrière ce roman policier énigmatique, MATSUMOTO veut nous démontrer que deux caractéristiques propres aux Japonais, à savoir la politesse sociale et le carriérisme à outrance, peuvent, dans certains cas, propulser des individus dans des situations inextricables et les pousser à agir d’une manière qui ne correspond absolument pas à leur personnalité.

Dès le début du roman, le lecteur a du mal à comprendre la réaction trop polie du mari qui vient d’apprendre le décès de son épouse. N’importe qui aurait quitté la salle de réunion sans se sentir obligé de se justifier. Mais au Japon, les convenances sociales ont un pouvoir énorme difficile à concevoir pour un Occidental. Et la véritable force de ce roman est d’avoir utilisé ces convenances comme le moteur principal de l’intrigue. La personnalité de TSUNEO Asai n’est en rien responsable de ce qui va arriver, mais ce sont plutôt ces règles inhérentes à la société japonaise et le déshonneur de perdre son rang social, qui poussent certains individus à commettre l’irréparable.

On retrouve également dans « Un endroit discret » le style fluide et extrêmement méticuleux de MATSUMOTO Seichô. Style unique qui a été porté à son paroxysme dans le génial « Tokyo Express » dans lequel les horaires de trains sont étudiés avec une méticulosité flamboyante.

« Un endroit discret » est donc un roman policier atypique, certes sans grand suspense, mais avec une psychologie et une étude sociologique des plus intéressantes. Ce roman ravira les amateurs du genre policier (et pourquoi pas tous les autres) pour sa trame narrative unique et typique de cet écrivain japonais qui aime inclure dans ses romans quelques critiques fondamentales envers son propre pays.

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